Pourquoi la France n’aidera pas Snowden

Edward Snowden, dont les révélations fracassantes sur les activités d’espionnage des Etats-Unis défrayent la chronique depuis des semaines, est bloqué dans la zone de transit de Moscou-Cheremetievo depuis le 23 juin. Selon Wikileaks, il aurait déposé des demandes d’asile politique dans 21 pays, dont la Russie, l’Islande, l’Equateur, Cuba, le Venezuela, le Brésil, l’Inde, la Chine, l’Allemagne et la France.

« Pas favorable ». C’est, sans surprise, la déclaration de Manuel Valls face à une potentielle demande d’asile d‘Edward Snowden, ex-agent des services américains. Si le quai d’Orsay assure qu’aucune demande officielle d’asile n’a encore été reçue, Edward Snowden aurait pourtant fait une demande à 21 pays, dont plusieurs européens. 

Interrogé sur BFMTV/RMC, Manuel Valls estime que le dossier Prism est « extrêmement compliqué. Cette demande, si elle est déposée, pose de nombreux problèmes juridiques. Pour ce qui me concerne, je n’y suis pas favorable». Une réponse attendue, à la lumière des relations franco-américaines et le Ministre de l’Intérieur le reconnaît. Pour lui, « les Etats-Unis sont un pays démocratique, avec une justice indépendante […] M. Snowden est un agent des services américains, et c’est un pays ami avec lequel nous avons des relations ». Courtois, Manuel Valls doit cependant respecter les procédures et annonce tout de même que « si cette demande est faite, elle sera toutefois examinée».

La France « asservie » aux Etats-Unis ?

 

Des banderoles brandies par des manifestants boliviens devant l'ambassade de France. | AFP/JORGE BERNAL

Des banderoles brandies par des manifestants boliviens devant l’ambassade de France. | AFP/JORGE BERNAL

Après l’incident diplomatique avec la Bolivie provoqué par le refus par la France du survol de son espace aérien au président bolivien, de retour d’un voyage de Moscou, soupçonné de ramener Snowden dans son avion, le gouvernement doit y aller avec des pincettes. Après avoir fait profil bas toute la journée de mercredi, la France a présenté dans la soirée ses « regrets » à la Bolivie, alors que l’ambassade de France de La Paz était caillassée par des manifestants. Mais le mal est fait : le président bolivien Evo Morales ne décolère pas. Il a dû dormir une nuit à Vienne, où il a fait une escale forcée de 13 heures après avoir atterri sans crier gare suite au retrait de la France et du Portugal de leur autorisation de survol de territoire. Une « erreur historique » qualifiée d’ « agression » qui fait plutôt mauvais genre. Tentant de rattraper le coup, Laurent Fabius s’est empressé de prévenir son homologue bolivien, David Choquehuanca, « qu’il n’y avait, naturellement, jamais eu d’intention de refuser l’accès à notre espace aérien à l’avion du président Morales, qui est toujours le bienvenu dans notre pays » selon le porte-parole du ministère, Philippe Lalliot. Trop tard, le mal est fait. Un député s’apprête à demander l’expulsion du pays des ambassadeurs de France, du Portugal et d’Italie, en représailles à l’interdiction de survol. Et en France aussi, les explications convainquent peu. A gauche comme à droite, un «asservissement» de la France aux intérêts américains a été dénoncé

Car malgré les révélations, lundi 1er juillet,  que la NSA (National Security Agency) espionnait l’Union européenne, la classe politique est divisée sur les demandes d’asile politique, déjà refusées par certains Etats. « Je demande que la France accorde l’asile politique à M. Snowden, bienfaiteur de l’Europe qui a permis de démasquer ce complot », a lancé Jean-Luc Mélenchon, le leader du Parti de gauche, soutenu par Europe Ecologie-Les Verts, qui a réclamé l’asile politique « sans délai » pour « le lanceur d’alerte et défenseur de la liberté ». Même son de cloche du côté de l’extrême-droite.  Sur LCI, Marine Le Pen demandait « si on n’accorde pas l’asile politique à M. Snowden, à qui exactement est-ce qu’on va l’accorder ? ». Pourtant, sauf décision unilatérale peu probable du président de la République, la France ne devrait pas accueillir le jeune homme sous peine de subir des conséquences politiques avec les Etats-Unis et de tendre des relations diplomatiques pas forcément au beau fixe.  

De quoi parle-t-on ?

Surtout que l’asile politique demandé par Snowden n’est pas évident à obtenir. Pour obtenir le statut de réfugié, la convention de Genève demande de remplir des critères bien précis : « le terme ‘réfugié’ s’appliquera à toute personne […] craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, qui se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ; ou qui, si elle n’a pas de nationalité et se trouve hors du pays dans lequel elle avait sa résidence habituelle à la suite de tels événements, ne peut ou, en raison de ladite crainte, ne veut y retourner.» (Convention de Genève, 1951, article 1-A2)

En 2008, le président colombien Alvaro Uribe  parle à l'ancien membre des FARC surnommé "Isaza", qui a fui avec Oscar Lizcano, à Cali (sud-ouest de Bogota) | Photo Miguel Solano (AFP)

En 2008, le président colombien Alvaro Uribe parle à l’ancien membre des FARC surnommé « Isaza », qui a fui avec Oscar Lizcano, à Cali (sud-ouest de Bogota) | Photo Miguel Solano (AFP)

Même si les documents envoyés par Snowden aux 21 pays décrivent des risques de persécutions, elles sont difficiles à prouver, les Etats-Unis étant, au demeurant, un Etat relativement sûr et même si les révélations de Snowden sont moralement répréhensibles, la démocratie doit empêcher les dérives.

Autre carte à jouer : prouver que les poursuites américaines dissimulent un motif politique. Là encore, difficile car il s’agit de haute trahison. Seule possibilité pour l’Américain, bénéficier d’un droit de séjour accordé par le chef de l’Etat lui-même, au titre de ses prérogatives régaliennes. C’est ce qu’avait fait François Mitterrand pour des membres des Brigades rouges, ou plus récemment Nicolas Sarkozy pour des Farc. Mais l’espionnage de l’UE et de la France par les services secrets américains sera-t-il un motif suffisant pour que François Hollande s’aventure à une telle provocation envers l’allié américain ?

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