Le baclofène contre l’alcoolisme, et si on en parlait vraiment ?

Le traitement contre l’alcoolisme à coups de baclofène, Jean-François Hauteville nous en a déjà parlé dans sa chronique du 23 janvier dernier. Aujourd’hui, pour ce nouvel épisode de « Et si on en parlait vraiment », retour sur ce médicament dont l’utilisation fait jaser.

Trente personnalités, dont le Pr Didier Sicard, ancien président du Comité national d’éthique, viennent de dénoncer publiquement les atermoiements des pouvoirs publics vis-à-vis de ce qui est souvent présenté comme un traitement miracle contre la dépendance alcoolique, mais demeure officiellement interdit dans cette indication. « Plus de cent morts par jour, ça suffit !» C’est sous ce constat terrible qu’une trentaine de personnalité, dont le Pr Didier Sicard, interpelle les pouvoirs publics pour qu’ils autorisent à mettre le Bacloféne à la disposition des malades dépendants de l’alcool.

Ce constat est terrible. Pourtant, cet « appel » m’interroge sur plusieurs points :

  • le Baclofène est un traitement destiné initialement à soulager les malades de la sclérose en plaque. C’est pour cette indication qu’il a eu ce que l’on appelle son AMM (autorisation de mise sur le marché). Il agit sur les spasmes musculaires, étant ni plus ni moins qu’un relaxant musculaire. Pour traiter l’addiction à l’alcool, on s’appuie à l’heure actuelle quasi exclusivement sur la démarche empirique du Dr Ameisen. Ce dernier, pour se « soigner » de l’alcool a ingéré des doses jusqu’à presque 10 fois supérieure à celles préconisées pour son indication initiale, la sclerose en plaque. Le danger potentiel de ces posologies doit au moins être mesuré, me semble-t-il, avant de lancer un grand appel à « libérer » le Bacloféne. Une partie du corps médical a-t-elle déjà oublié les ravages du Médiator !?
  • D’autant qu’actuellement, deux études sont en cours : l’une, Bacloville, sous l’égide de l’AP-HP, (Assistance Publique – Hôpitaux de Paris), dune durée de 18 mois en milieu ambulatoire, l’autre, Alpadir, promue par le Laboratoire Ethypharm, en milieu hospitalier.

L’alcoolisme, maladie aussi psychique

Légalisation du cannabis, avis addictologue

Jean-François Hauteville est infirmier en Centre Hospitalier à Lyon et a suivi de nombreuses formations dans l’addictologie, notamment en alcoologie, toxicomanie, jeux pathologiques et troubles compulsifs alimentaires.

Le résultat de ces études en double aveugle sera connu d’ici moins d’un an. Il est peut-être intéressant d’attendre quelques mois. Même si les « pro » Bacloféne, affirment qu’il n’existe aucun traitement efficace contre l’alcoolisme ! Et là, pardonnez-moi mais on soigne tout de même depuis des décennies cette pathologie et s’il existe des rechutes, affirmer qu’il n’existe aucun traitement relève de la mauvaise foi. Sauf, si pour traitement on entend un médicament « miracle » qui permettrait d’arrêter des années de dépendances à un produit en faisant l’économie, pourtant indispensable, d’un travail sur soi. La chimie a ses limites, tout ne peut être résolu par des molécules.

L’homme ne se réduit pas à son explication neurobiologique (même si celle-ci est importante) mais possède une vie psychique pour laquelle, nous aurons toujours besoin, du moins je l’espère, de psychiatre, psychologues, infirmiers psy… la parole ayant une place centrale dans bien des soins psychiques. Car, oui l’alcoolisme est aussi une maladie psychique, une maladie du psychique.

Alors oui pour ce traitement, pourquoi pas ! Mais prenons le temps de l’évaluer, d’en connaître les bénéfices et les risques… avant de l’intégrer sans crainte à l’arsenal thérapeutique déjà existant pour le sevrage d’alcool et l’accompagnement qui reste tout aussi indispensable.

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Comments
10 Responses to “Le baclofène contre l’alcoolisme, et si on en parlait vraiment ?”
  1. Garfy dit :

    je vous conseille la lecture de « la nostalgie de la folie  » du Dr de Haan et également « dictionnaire de la psychiatrie  »

    que pensez-vous de la TMS (stimulation magnétique transcranienne) et éventuellement de l’ozonothérapie ??

  2. Yves BRASEY dit :

    Bonjour,

    Je ne suis même pas infirmier et je n’ai pas suivi de formation en addictologie.
    Je suis juste un informaticien de 59 ans, ayant été alcoolique pendant 30 ans et « guéri » depuis 3 ans grâce au baclofène.

    Depuis cette date, ayant constaté l’efficacité de ce médicament pour moi, j’aide, comme je le peux, mes concitoyens ayant la même maladie que moi.

    Je participe activement au forum d’entraide http://www.baclofene.com et j’ai accompagné une soixantaine de malades jusqu’à la « guérison » ou pour le moins jusqu’à la fin du craving, l’indifférence et le libre arbitre retrouvés face à l’alcool.

    Pour moi, l’alcoolo-dépendance est une maladie 100% neurobiologique facilement et simplement traitable grâce au baclofène.

    Toutefois, une partie des malades reste en surconsommation d’alcool. Dans ce cas, il est important d’en déterminer et d’en traiter la cause.

    Parfois la surconsommation est circonstancielle et facile à déterminer : recherche d’un « refuge » pour oublier et ne pas assumer le présent… perte d’emploi, de toit, départ du conjoint, etc… situation pouvant être la conséquence de la maladie alcoolique non soignée avant…

    La surconsommation a peut-être aussi des origines beaucoup plus profondes qui nécessitent, pour les mettre à jour et les traiter, toutes les compétences d’un accompagnement psy.

    Lors de notre dernier colloques, la Dr Annie Rapp, psychothérapeute l’a quantifié sur plus d’une centaine de patients traités : 43 % baclofène SEUL et 57 % baclofène et accompagnement psy http://www.baclofene.org/baclofene/baclofene-quoi-de-neuf-video-du-colloque-du-17-novembre-partie-24

    Donc « oui », il y a une partie psychique comme vous l’écrivez, mais ne confondons pas la surconsommation d’alcool et l’alcoolo-dépendance.

    Yves BRASEY Vice-Président de l’Association Baclofène. http://www.baclofene.org et http://www.baclofene.com pour le forum d’entraide.

    • Philippe dit :

      Moi-même dépendant de 52 ans, abstinent depuis presque 11 ans de tous produits modifiant le comportement (alcool et drogues mais pas médicaments psychotropes) et suivant une formation en addictologie, je suis désolé de vos contredire mais ce n’est pas une maladie 100% neurobiologique, ce serait trop « simple »: elle a également des composantes génétiques (à ne pas confondre avec héréditaire), psychique, culturel, social, environnemental … etc.bref d’une complexité folle !
      Et si tel était le cas un traitement efficace aurait été trouvé bien avant le baclofène par les sociétés pharma ou des instituts de recherche. Certes pas en France où tout le monde reconnaît le problème mais peu de moyens y sont véritablement investis.

      • Philippe dit :

        Je précise parce que ce n’était pas clair: j’ai consommé alcool et drogues mais jamais de médicaments psychotropes ou antalgiques !

      • Yves BRASEY dit :

        « et suivant une formation en addictologie, je suis désolé de vos contredire mais ce n’est pas une maladie 100% neurobiologique, ce serait trop « simple »: elle a également des composantes génétiques (à ne pas confondre avec héréditaire), psychique, culturel, social, environnemental … etc.bref d’une complexité folle ! »

        Toute ma vie professionnelle j’ai été analyste en informatique.

        Lorsque j’avais à traiter un problème d’une « complexité folle », je le découpais en problèmes élémentaires plus faciles à régler.
        J’ai appliqué ce raisonnement à la problèmatique apparemment complexe de l’alcoolo-dépendance.
        D’où mes conclusions plutôt simples, mais qui apportent une réponse efficace : le baclofène pour la maladie neurobiologique, le psy pour le reste.

        « Et si tel était le cas un traitement efficace aurait été trouvé bien avant le baclofène par les sociétés pharma ou des instituts de recherche.  »
        Pour trouver un traitement efficace, il faudrait déjà savoir ce que l’on cherche ! la recherche était principalement axée sur le sevrage et le maintien de l’abstinence, pas sur la suppression du mécanisme de l’addiction pour que le malade retrouve son libre arbitre face à l’alcool.

        Avec le baclofène, il retrouve son libre arbitre.

        Dans nos stats http://www.baclofene.com/index.php?p=download&id=3231, vous pourrez constater que 26 % sont devenus naturellement non-consommateurs (sans sevrage, simplement par la disparition de l’envie) et 74 % des consommateurs raisonnables.

        La moyenne nationale c’est 80% de consommateurs et 20% qui n’aiment pas l’alcool comme d’autres ne consomment pas de lait, de fromage, de viande…
        Donc un « guéri » au baclofène retrouve son libre arbitre et se situe approximativement dans la moyenne nationale.

      • Philippe dit :

        Comme vous le dites vous-même le baclofène agit sur le craving, ce qui est déjà énorme, mais ne soigne pas « toute » la maladie de la dépendance. D’où la nécessité, en tous les cas pour certains, d’un accompagnement médicalisé (psy, addictologue, thérapeute, médecin de famille …) ou pas via les groupes d’entraide notamment.

        Pour ce qui concerne la recherche, le rôle des neuromédiateurs, notamment dans le système de récompense, est connu depuis longtemps, et il est curieux qu’aucune avancée n’ait eu lieu avant le baclofène: phénomène neurobiologique trop complexe et/ou lobbying ? D’ailleurs les polémiques sur ce traitement montrent bien que le sujet est complexe alimenté par la diversité des acteurs: gouvernement, communauté, médicale, associations, malades eux-mêmes … etc.

        Retrouver sa liberté de choisir, à cet égard des médecins définissent la dépendance comme la pathologie du choix, est LA clé. Peu importe finalement la méthode et les moyens pour y arriver, chaque malade doit trouver sa voie ! Et si le baclofène le leur permet tant mieux. Toutefois quel peut-être l’impact à long terme d avoir sous traitement une consommation raisonnable ou maîtrisée ? Notamment par rapport aux risques de rechute, par exemple en cas d’accident de la vie que tels que ceux que vous avez cités ?

        Bien à vous,

        Philippe

  3. hbb dit :

    Bien sûr, vous avez raison, le baclofène n’est pas un remède « miracle » contre l’alcoolisme. Mais c’est le SEUL qui permet au malade de se déconnecter de cette terrible envie de boire qui le domine et l’entraîne doucement vers l’horreur et le néant.
    Le baclofène ne résoudra jamais les traumatismes qui ont conduit à l’alcoolisation (ça, c’est le travail des professionnels), mais il redonne enfin l’esprit clair, la force de lutter et de chercher des solutions pour continuer à vivre plutôt que de poursuivre la sordide route de l’alcoolisation toujours plus forte, terriblement douloureuse pour le malade et ses proches.

    • Philippe dit :

      Le SEUL non ! L’abstinence en est un autre même si non accompagné par des professionnels de santé, des groupes d’entraide il est très difficile d’y arriver.
      D’autre part je ne crois pas à ce « concept » de surconsommation ou de consommation abusive: on est dépendant ou pas, point !

  4. Philippe dit :

    Réponse à Yves (pas d’icône « réponse » à la fin de la vôtre)

    Comme vous le dites vous-même le baclofène agit sur le craving, ce qui est déjà énorme, mais ne soigne pas « toute » la maladie de la dépendance. D’où la nécessité, en tous les cas pour certains, d’un accompagnement médicalisé (psy, addictologue, thérapeute, médecin de famille …) ou pas via les groupes d’entraide notamment.

    Pour ce qui concerne la recherche, le rôle des neuromédiateurs, notamment dans le système de récompense, est connu depuis longtemps, et il est curieux qu’aucune avancée n’ait eu lieu avant le baclofène: phénomène neurobiologique trop complexe et/ou lobbying ? D’ailleurs les polémiques sur ce traitement montrent bien que le sujet est complexe alimenté par la diversité des acteurs: gouvernement, communauté, médicale, associations, malades eux-mêmes … etc.

    Retrouver sa liberté de choisir, à cet égard des médecins définissent la dépendance comme la pathologie du choix, est LA clé. Peu importe finalement la méthode et les moyens pour y arriver, chaque malade doit trouver sa voie ! Et si le baclofène le leur permet tant mieux. Toutefois quel peut-être l’impact à long terme d avoir sous traitement une consommation raisonnable ou maîtrisée ? Notamment par rapport aux risques de rechute, par exemple en cas d’accident de la vie que tels que ceux que vous avez cités ?

    Bien à vous,

    Philippe

    • Yves BRASEY dit :

      Bonjour Philippe,

       » Toutefois quel peut-être l’impact à long terme d avoir sous traitement une consommation raisonnable ou maîtrisée ? »

      Deux cas de figure :

      – il y a la véritablement guérison comme l’explique Renaud de Beaurepaire dans son livre « Vérités et mensonges sur le baclofène », des patients qu’il a traités en 2009/2010 sont aujourd’hui non-consommateurs ou consommateurs occasionnels SANS baclofène.

      – il y a ceux qui comme moi n’ont pas arrêté le traitement en conservant une dose d’entretien. Pour ma part c’est 50 mg depuis 3 ans après une « guérison » à 140 mg. Je suis dans le cas d’une consommation maitrisée, plus jamais de craving, l’alcool n’a jamais repris le dessus sur ma consommation raisonnable.
      Nous avons un recul de 40 ans environ sur toutes les personnes atteintes de SEP et utilisant le baclofène jusqu’à 70/80 mg/jour depuis des décennies pour soulager leurs douleurs musculaires. Sur des millions de personnes concernées sur la planète, aucun problème n’a été signalé.

      « Notamment par rapport aux risques de rechute, par exemple en cas d’accident de la vie que tels que ceux que vous avez cités ? »

      Nous avons de temps à autres quelques cas de rechute sur le forum, pas particulièrement par rapport à un accident de la vie (c’est au contraire étonnant de voir comment certains viennent témoigner et confirmer leur guérison en étant eux-mêmes surpris par rapport à un accident de la vie qu’il vienne de traverser sans recourir à l’alcool), mais, sans explication particulière, certains vivent un retour de craving.

      Deux possibilités :
      – soit une augmentation ponctuelle de 50 mg juste pour la journée et l’indifférence est retrouvée,
      – soit, si l’option précédente ne fonctionne pas, reprise d’un protocole rapide de montée et l’indifférence est retrouvée en 2/3 semaines.

      Pour ma part, en 3 ans j’ai eu 4 retours de craving, réglés avec succès par la première option.

      Cordialement,
      Yves BRASEY

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