L’addiction au travail, et si on en parlait vraiment ?

Pour ce nouvel épisode de « Et si on en parlait vraiment », Jean-François Hauteville a décidé de nous parler d’un mal méconnu : l’addiction au travail. Souvent mal reconnu et sous-estimé, ses dégâts peuvent pourtant être considérables.

A quel moment peut-on se considérer addict au travail ? Où se trouve la frontière entre intérêt professionnel et investissement excessif de son activité ?  Voici quelques éléments de réponse qui, je l’espère, vous aideront à vous situer, voire à identifier dans votre entourage ces « malades » du travail. Le travail est un élément essentiel de notre vie. Il structure nos journées, nous apporte une identité en dehors de notre famille et de notre cercle d’amis. Mais certaines personnes y accordent une importance excessive, nous les appelons souvent des bourreaux de travail, ce sont des «workaholiques» ou «work-addict». Ce fléau des années 2000 tourne à l’addiction.

Cet engagement excessif au travail peut avoir plusieurs causes :

  1. une fuite des problèmes personnels ou d’une situation de stress ;
  2. un besoin profond et intense de contrôle sur sa propre vie ;
  3. une nature excessivement compétitive, souvent associée à un désir intense de réussite et de valorisation de soi ;
  4. une image de soi endommagée et une estime de soi limitée.

Cette pathologie, qui est sans doute sous évaluée, touche surtout les deux sexes des classes moyennes et supérieures, essentiellement chez les médecins, avocats, juristes, soignants, cadres, gestionnaires, générant une dépendance incontrôlable. Heures supplémentaires, repas écourtés, manque de sommeil, travail rapporté à la maison, vacances perturbées… Pour le «workaholique» son travail envahit tout. Sa santé physique, son bonheur, ses relations sociales et intimes vont en pâtir.

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Jean-François Hauteville est infirmier en Centre Hospitalier à Lyon et a suivi de nombreuses formations dans l’addictologie, notamment en alcoologie, toxicomanie, jeux pathologiques et troubles compulsifs alimentaires.

Le «workaholique» a besoin de tout contrôler, veut être plus que parfait, a le goût du défi et a peur des loisirs. Il est incapable de se relaxer et semble contraint à travailler comme si une pression interne le rendait coupable et entraînait chez lui une très forte angoisse quand il ne travaille pas.

Addict au boulot : et alors ?

Les conséquences : le «workaholism» ne touche pas uniquement la personne qui en souffre mais également sa famille, comme pour toutes les addictions (lire nos articles sur ce sujet). Le «workaholism» est à l’origine d’effets délétères sur la santé de l’individu lui-même et sur son entourage familial et professionnel. Un «workaholique» vit un état de stress chronique qui peut mener à des problèmes sérieux tels que céphalées (migraines), hypertension artérielle, troubles coronariens, lombalgies, troubles du sommeil, ulcères gastrique et intestinal…. De même, l’anxiété, l’irritabilité, la dépression, le « burn-out », ou épuisement professionnel, ainsi qu’une addiction au tabac, à l’alcool et à certains médicaments sont le plus souvent retrouvés. Les répercussions sur la vie familiale sont importantes. Les conjoints et les enfants se sentent seuls, mal aimés et surtout isolés. Lorsque le « workaholique » est présent physiquement, il est émotionnellement non disponible et déconnecté de sa famille. Au travail, une rivalité s’installe parfois entre collègues et la situation est progressivement ingérable, aboutissant à un conflit.

La prise en charge du «workaholism» : elle  fait appel à la psychothérapie et passe par la prise en charge permettant de lutter contre certaines attitudes. Le «workaholique» aura à modifier sa façon de travailler : cesser de comptabiliser les heures de travail, ne plus les considérer comme témoin de l’importance de son poste, séparer sa vie professionnelle de sa vie privée…

Il faut donc apprendre à se connaître, identifier ses priorités, ses désirs.., et trouver du temps pour soi : sport, sommeil, alimentation, distraction et, enfin, apprendre à préserver son intimité. Le dépistage précoce et les efforts de prévention restent les seuls moyens pour échapper à ce fléau des années 2000. Comme toutes les addictions, un long parcours de soin est nécessaire.

Jean-François Hauteville

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