Fin de course pour Benoît XVI

Le souverain pontife a annoncé lundi 11 février qu’il renonçait à ses fonctions, estimant qu’il n’avait plus la force ni la santé, à 85 ans, pour exercer ses pouvoirs. Une surprise qui laissera vacant le trône de Saint-Pierre à partir du 28 février. Plusieurs cardinaux proches du pape sont pressentis, mais des candidatures venues d’Afrique ou d’Amérique restent possibles. Les cardinaux vont se réunir pour élire un nouveau pape avant la semaine Sainte.

 

« Je suis convaincu que mes forces, vu mon âge avancé, ne me permettent plus d’exercer correctement le ministère ». A 85 ans, le pape Benoît XVI, né Joseph Alois Ratzinger, quittera donc ses fonctions le 28 février, annonce faite en lait puis traduite par le Vatican et diffusée par Radio Vaticana. Une décision prise après « examiné à plusieurs reprise [sa] conscience devant Dieu » et justifiée par le souverain pontife par le fait que « dans le monde actuel, en proie à des changements constants, la vigueur du corps et de l’esprit est nécessaire pour gouverner la barque de saint Pierre et annoncer l’Évangile  Cette fois, ces derniers mois, m’a manqué et m’oblige à reconnaître mon incapacité à bien gérer le ministère qui m’a été confié ». Suite à cette annonce, le porte-parole du Vatican, le père Lombardi, a annoncé qu’un nouveau pape sera élu avant Pâques, le 31 mars. Entre le 28 février et le 31 mars commencera alors la période de « sede vacante », siège vacant. 

Un nouveau pape avant la semaine Sainte

Le pape Benoît XVI a annoncé sa démission dans un discours prononcé en latin lors d'un consistoire au Vatican, lundi 11 février. D’ici Pâques, tous les cardinaux devront donc être réunis au Vatican lors d’un conclave. Pendant la vacance, c’est le collège des cardinaux qui devra traiter les affaires courantes. S’ensuit alors le conclave, lors duquel les cardinaux prêtent serment sur l’Évangile d’observer les prescriptions de la constitution Universi Dominici Gregis. Le vote doit commencer au plus tôt quinze jours et au plus tard vingt jours après la mort ou la renonciation du pape. Seuls les cardinaux de moins de 80 ans peuvent participer au vote et l’élection d’un nouveau pape se fait au 2/3. Tant que les deux tiers des cardinaux ne se sont pas mis d’accord, ils ne peuvent sortir de la chapelle Sixtine. Il y a une session de vote le matin ; une autre l’après-midi. Chaque session peut contenir deux élections l’une après l’autre si la première n’est pas concluante. Le cas échéant, chaque bulletin de vote est brûlé et tant que le nouveau pape n’est pas élu, une fumée noire s’échappe du feu. Elle devient blanche quand les cardinaux se sont mis d’accord. Si les cardinaux ne s’entendent pas au bout de trois jours, les scrutins sont suspendus pendant, au plus, une journée. S’ensuivent trois cycles de sept scrutins et si aucun pape n’est encore élu, les cardinaux doivent départager à la majorité des deux tiers les deux noms arrivés en tête. Le pape élu choisit alors son nom et c’est le premier des cardinaux diacres qui l’annonce officiellement avant de donner la bénédiction apostolique Urbi et Orbi depuis le balcon de la basilique vaticane.

Benoît XVI a annoncé par la voix de Frederico Lombardi qu’il ne tiendrait aucun rôle dans ce conclave et qu’il mènerait ensuite une vie de prière, voire d’écriture.

 

Un pape qui démissionne ?

La situation est assez rare mais pas complètement inédite. Le cas ne s’était pas présenté depuis plus de six siècles mais plusieurs papes ont déjà renoncé à leur ministère. En décembre 1009, Jean XVIII, élu six ans plus tôt, démissionne sans trop donner de raisons. Quelques années plus tard, en 1036, Benoît IX quitte ses fonctions qu’il avait obtenues alors qu’il n’avait qu’une vingtaine d’années, chassé de Rome par la population qui considère qu’en affichant son homosexualité et sa vie dissolue, il déshonore le trône de saint Pierre. Réinstallé par l’Empereur, il finira par démissionner en 1044 alors même qu’un nouveau pape, Sylvestre III, avait été élu entre temps. Il vend sa charge à son parrain qui monte sur le trône sous le nom de Grégoire VI sans aucune élection. Avec trois papes, c’est l’Empereur Henri III qui tranchera en faisant élire Clément II, qui meurt deux ans plus tard permettant à Benoît IV de remonter sur le trône avant d’abandonner définitivement ses fonctions et d’être excommunié en 1049.

La décision de Benoît XVI de renoncer à son poste est un évènement quasiment inédit dans l'histoire de l'Eglise. L'un des seuls précédents remonte à plus de sept siècles et à l'abandon volontaire du trône du pape par Célestin V. - Osservatore Romano/AFP

La décision de Benoît XVI de renoncer à son poste est un évènement quasiment inédit dans l’histoire de l’Eglise. L’un des seuls précédents remonte à plus de sept siècles et à l’abandon volontaire du trône du pape par Célestin V. – Osservatore Romano/AFP

Deux autres papes ont également abandonné leurs fonctions avant leur mort.
Il s’agit de Célestin V, démissionnaire après avoir imposé deux réformes de taille. Il est le dernier pape élu sans conclave.  Il a fait publier les conditions de démission du pape qui demeure relativement effectives aujourd’hui. Il démission en décembre 1294 invoquant son désir d’une vie « plus humble, plus pure », une condition physique médiocre, son ignorance, « la perversité des hommes » et son souhait d’en revenir à la tranquillité ancienne de sa vie monacale.
Le pape Grégoire XII a été élu presque pour démissionner. Élu au pire moment de l’histoire de l’Eglise, celui du Grand schisme d’Occident, il succède au pape Innocent VII en 1406 et monte sur le trône dans le but bien précis de mettre un terme à une situation ubuesque pour la chrétienté. Suite à sa démission, deux papes sont convoqués mais aucun n’ayant honoré le rendez-vous, c’est un troisième pape, Alexandre V, qui est élu. Grégoire XII réunit à son tour un concile, qui déclare Alexandre et Benoît hérétiques et c’est finalement le Concile de Constance de 1415 qui règle la question en donnant le trône à Martin V, mettant ainsi fin au grand schisme.
Pie VII avait signé une déclaration de démission avant son départ pour Paris en 1804, craignant d’être emprisonner à Paris où il allait couronner Napoléon Ier. Pie XII, qui exerça son pontificat durant la Seconde Guerre mondiale, aurait également envisagé de démissionner si les nazis venaient à l’arrêter. Jean Paul II avait rédigé une lettre de démission au cas où il se trouverait incapable d’exercer son pontificat pour des raisons de santé. Il a préféré endurer la vieillesse et la maladie jusqu’à la fin.

Et la suite ?

Le président français a été le plus rapide à réagir à cette nouvelle. Il a jugé cette décision « éminemment respectable », estimant que « c‘est une décision humaine et une décision liée à une volonté qui doit être respectée ». La question de la nationalité du prochain pape est déjà évoquée. Il est peut-être temps de tourner la page d’une papauté européenne. Toutefois, les Italiens sont les favoris de cette nouvelle élection. En dehors de Benoît XVI, Allemand, et Jean-Paul II, Polonais, seuls des Italiens ont exercé les fonctions d’évêque de Rome depuis 1523. Un quart des cardinaux sont Italiens et plusieurs Italiens sont donc logiquement dans la course : Angelo Scola,  71 ans, archevêque de Milan, favori pour de nombreux Italiens, le pape l’ayant d’une certaine manière montré du doigt, en allant à Milan encore très récemment ; Gianfranco Ravasi, 70 ans, « ministre de la Culture » du Vatican depuis 2007 et le cardinal secrétaire d’Etat Tarcisio Bertone, actuel numéro deux du Vatican. Du côté de l’Occident, le cardinal canadien Marc Ouellet, 68 ans, préfet de la Congrégation pour les évêques, sorte de directeur de personnel du Vatican pourrait être envisagé, de même que l’Autrichien Christoph Schönborn (67 ans), ancien étudiant de Benoît XVI, favorable au mariage des prêtres et l’Américain Timothy Dolan (62 ans) devenu la voix du catholicisme aux États-Unis depuis sa nomination comme archevêque de New York en 2009.

L'Autrichien Christoph Schönborn est favorable au mariage des prêtres et cela pourrait déplaire à certains évêques fondamentalistes.

L’Autrichien Christoph Schönborn est favorable au mariage des prêtres et cela pourrait déplaire à certains évêques fondamentalistes.

Mais plusieurs responsables du Saint Siège ont également récemment donné du crédit à l’hypothèse d’un pape non européen, probablement africain. Le grand favori est le cardinal nigérian Francis Arinze, 80 ans, ancien préfet du Vatican pour le dialogue inter-religieux puis le culte divin, devenu évêque à la fin du Concile en 1965, très proche de Jean-Paul II. Un autre Africain est également pressenti, il s’agit du Ghanéen Peter Turkson, 64 ans, président du conseil pontifical « justice et paix », porte-parole de la conscience sociale de l’Eglise et favorable à une réforme du monde financier. L’Amérique latine représente aujourd’hui 42% des 1,2 milliard de catholiques dans le monde, contre 25% en Europe. Le Brésilien, Joao Braz de Aviz, 65 ans, a apporté un souffle nouveau au département du Vatican pour les congrégations religieuses qu’il préside depuis 2011. Autre Brésilien pressenti, Odilo Pedro Scherer, 63 ans, archevêque de Sao Paolo, le plus grand diocèse dans le premier pays catholique au monde. Enfin, l’Argentin Leonardo Sandri, 69 ans, né à Buenos Aires de parents italiens, est cardinal depuis 2007, après avoir été sept ans au troisième plus haut poste au Saint-Siège.
L’archidiocèse de Rio de Janeiro a annoncé lundi que les Journées mondiales de la jeunesse catholique (JMJ), prévues du 23 au 28 juillet, « sont maintenues ». « La démission du pape ne change rien, a déclaré Adionel da Cunha, attaché de presse de l’archidiocèse de Rio. Benoît XVI avait dit lui-même en décembre qu’elles auraient lieu avec lui ou son successeur. » Quelque deux millions de jeunes sont attendus dans le cadre de ces JMJ, selon les organisateurs, et 60 000 volontaires doivent être recrutés pour les encadrer.

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