Barack Obama peut-il lutter contre le port d’armes ?

Vendredi matin, vers 9h30, un jeune homme de 20 ans, Adam Lanza, est entré dans l’école Sandy Hook, à Newtown, dans le Connecticut, par la force pour y abattre ses victimes, 26 personnes dont 20 enfants âgés de 6 et 7 ans, ainsi que six femmes de l’encadrement avant de se suicider. Une des plus importantes tueries de ces dernières années aux Etats-Unis qui relance le débat sur le port d’armes.

 

« Si l’on est honnête avec nous-mêmes, pouvons-nous réellement dire que nous faisons ce qu’il faut pour protéger nos enfants – tous nos enfants». Ému, Barack Obama a tenu un discours fort à la communauté de Newtown, prenant implicitement position sur la question du port d’armes. « Si l’on est honnête, la réponse est non, nous ne faisons pas ce qu’il faut.»  Pourtant, difficile pour l’actuel Président de revenir sur le deuxième amendement de la Constitution américaine selon lequel « une milice bien organisée, étant nécessaire à la sécurité d’un Etat libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé.» Résultat, les Américains peuvent acheter fusils et armes similaires à celles utilisées par les GI en Afghanistan presque comme ils achètent une voiture. En 2008 pourtant, la Cour suprême s’était déjà penchée sur la construction grammaticale de cet article, afin d’établir si un Etat pouvait interdire la vente de revolvers aux civils. Mais la première virgule de cette phrase, instituée au XVIIIe siècle, vise à garantir le droit à tous les individus de porter des armes, et non seulement aux nations d’entretenir une armée. Ainsi, le port d’armes qui fait tant jaser en France est aux Etats-Unis un droit fondamental, au même titre que la liberté religieuse ou celle d’opinion. Exception faite des malades mentaux et des personnes détenant un casier criminel. Ce qui n’empêche pas que seulement 1% des demandes d’autorisation d’achat est rejeté par les revendeurs d’armes licenciés.

L’impact limité des fusillades

barack obama ému

Lors de son discours suite à la fusillade de l’école Sandy Hook, Barack Obama n’a pas pu retenir son émotion.

Cette fusillade est la troisième plus meurtrière après celle de Columbine en 1999 et celle de l’université de Virginia Tech en 2007. On peut alors légitimement penser que ce massacre pourrait réveiller les consciences. Pourtant, il n’est à l’heure actuelle pas question d’abroger le deuxième amendement car la révocation d’un texte constitutionnel demande l’accorde des deux tiers des Etats et deux tiers des membres du Congrès (Sénat et Chambre des Représentants). « Notre nation croit au deuxième amendement, je crois au deuxième amendement, avait ainsi affirmé Barack Obama lors de son deuxième débat contre Romney. Nous avons une longue tradition de chasse, de sportifs, et de personnes qui veulent pouvoir se protéger.» C’est d’ailleurs Obama lui-même qui a augmenté les droits des détenteurs d’armes, autorisant leur possession dans les parcs et les réserves naturelles.

Même au lendemain des fusillades, les avis des Américains peinent à évoluer. Après la fusillade d’Aurora en juillet 2012, le nombre d’Américains favorables à une meilleure régulation des armes dépassait à peine celui d’Américains considérant que le droit de se défendre est plus important, selon un sondage du centre de recherches Pew. D’après Quartz, le soutien public pour le contrôle du port d’armes n’augmente pas après une fusillade.

 

Quelle(s) réformes possibles ?

Vendredi 14 décembre, Obama a évoqué la nécessité de prendre des«mesures significatives» afin d’éviter qu’un massacre comme celui de Newtown se reproduise. Lors de la veillée funèbre pour les victimes, il a ajouté vouloir « en finir avec les tragédies ». A défaut de pouvoir interdire les armes, il pourrait mettre en place des réformes moins révolutionnaires. Il a ainsi évoqué la possibilité de réinstaurer le «Federal Assault Weapons Ban» lors de la campagne présidentielle, interdisant la manufacture d’armes semi-automatiques pour l’usage des civils, passée sous Clinton en 1994 et supprimée en 2004.

Lors des foires aux armes, aucun contrôle n'est effectué sur les acheteurs.

Lors des foires aux armes, aucun contrôle n’est effectué sur les acheteurs.

Cette semaine, Barack Obama s’est dit favorable à l’interdiction des fusils d’assaut, arme utilisée  par Adam Lanza, en référence au discours d’une sénatrice démocrate de Californie, Dianne Feinstein, qui envisage de présenter une proposition en janvier au Congrès interdisant la vente, le transfert, la fabrication et l’importation d’une centaine de modèles d’armes d’assaut. Barack Obama est également favorable à combler le vide juridique qui permet aujourd’hui d’acquérir des armes auprès de vendeurs privés sans vérification préalable, comme c’est le cas par exemple dans les foires aux armes. Selon un sondage CNN/ORC, la majorité des Américains soutien cette initiative et souhaiterait l’interdiction des chargeurs de grande capacité, dont disposaient les tueurs de Sandy Hook et d’Auroraet celle des armes semi-automatiques.

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