Quel avenir pour l’UMP ?

Après les primaires socialistes, tout le monde attendait l’équivalent côté UMP. En lieu et place d’un numéro de démocratie, c’est une véritable déchirure politique qui a fêlé l’UMP. Après une journée dantesque, Jean-François Copé a finalement été élu président de l’UMP avec 50,03% contre François Fillon.

 

98. C’est le tout petit nombre de voix qui a départagé l’ancien Premier Ministre de l’actuel Président de l’UMP, Jean-François Copé. Après 24 heures de contestation et de confusion qui ont mis à mal la famille gaulliste, le nouvel homme fort du parti d’opposition a finalement invité l’ancien Premier ministre à le « rejoindre» en lui proposant de devenir vice-président, un poste qui n’existe pas dans les statuts de l’UMP et qui serait créé sur mesure pour l’ancien Premier ministre. Une initiative évidemment rejetée par le camp Fillon et Fillon lui même selon RTL. «Grotesque» a réagi Eric Ciotti, le directeur de campagne de François Fillon. Le tout nouveau chef de l’UMP ne pouvait ignorer que sa proposition serait refusée mais elle lui permet d’endosser le costume du rassembleur quand François Fillon fait figure de mauvais perdant. Ce dernier a « pris acte du résultat » en laissant entendre qu’il ne déposerait pas de recours, il a également dénoncé l’existence d’une « fracture manifeste, à la fois politique et morale » dans le parti en laissant planer le doute sur ses intentions.

Son héros préféré est Zorro, qui remonte toujours sur son cheval malgré les coups du sort. /Photo prise le 22 octorbe 2012/REUTERS/Jean-Paul Pélissier

Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à reconnaître que l’UMP a été fracturée, coupée en deux.  François Baroin a ainsi observé que l’UMP avait « perdu toutes les élections (…) lorsqu’il y a eu des fissures dans (les) barrages » érigés par la droite pour contenir l’extrême droite. « J’ai un désaccord profond avec Jean-François Copé et tous ceux qui sont sur une posture droitière », a-t-il poursuivi. Car un virage à droite, c’est bel et bien ce qui attend le parti fondé il y a dix ans par Nicolas Sarkozy. Mardi matin, le quotidien espagnol El País titrait « Copé, « le xénophobe » » sur la page d’accueil de son site et le traitait de « populiste » dans le titre de l’article. Un qualificatif reprit par le quotidien britannique The Telegraph pour qui Jean-François Copé est un « outsider populiste », « agitateur », dont la campagne a beaucoup parlé du « ’racisme anti-blanc’ censé être un fléau dans les banlieues ». En effet, on se souvient des propos polémiques qu’il avait tenu en octobre dernier lors d’un meeting, évoquant le cas d’un jeune qui se serait fait « arracher son pain au chocolat par des voyous » au motif « qu’on ne mange pas pendant le ramadan », reprenant l’image déjà évoquée dans son « Manifeste pour une droite décomplexée ». Pourtant, plus d’un Français sur deux reconnaissait l’existence d’un racisme anti-blanc.

« On n’est pas dans un monde de Bisounours »

Cette crise, qui rappelle sur de nombreux points celle connue par le PS il y a quatre ans lors du Congrès de Reims, non seulement affaiblit le parti d’opposition mais favorise ses adversaires.   « On ne gagnera aucune élection sur une base aussi à droite » reconnaît l’ancien ministre. Et pour cause. La crise que vient de vivre l’UMP laisse le champ libre au FN de Marine Le Pen, qui veut, et peut, apparaître comme la première opposante à François Hollande, mais aussi à l’UDI de Jean-Louis Borloo, qui y voit une justification de son existence et de sa ligne.

Panne de leadership, scrutin serré, soupçons de fraudes, le FN se frotte les mains et Gilbert Collard va même jusqu’à affirmer sur BFMTV que « si M. Copé est élu, c’est parce qu’il a peu respiré le parfum de Marine le Pen. Entre la droite incertaine et la droite certaine, les électeurs sont en train de s’exprimer ». Le 50-50 révèle en effet la division des militants UMP, dont une partie envisage des alliances avec le FN, notamment pour les élections municipales de 2014. Sauf si Sarkozy, dont le fantôme plane toujours sur le parti alors qu’il devrait passer devant la justice jeudi dans l’affaire Bettencourt, décidait de revenir.

Marine Le Pen et Jean-François Copé se saluent lors d’un débat télévisé, le 20 février 2004. (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

Cette crise, c’est aussi l’occasion rêvée par Jean-Louis Borloo pour faire de l’UDI le premier parti de France, comme annoncé lors de sa création. Dans un communiqué, l’UDI explique que « l’élection interne de l’UMP atteste de la pertinence de notre initiative [car] au- delà des conflits de personnes prévisibles en pareille circonstance, il y a bien eu l’affrontement de deux lignes politiques ». Le parti de Borloo cherche désormais à se poser comme principal parti d’opposition « européen, républicain, humaniste, social-libéral et écologiste ».

De son côté, le président du Nouveau Centre Hervé Morin a salué dans la victoire de Jean-François Copé le « signe du courage et des convictions », jugeant que « les Français ont envie d’entendre des choses fortes » car  « on n’est pas dans un monde de Bisounours ».

Nouvelles primaires en 2017 ?

François Baroin a appelé l’organisation à organiser de nouvelles primaires, en vue de la présidentielle de 2017. Une primaire des sympathisants, « à l’instar des socialistes ». « Le spectacle donné au cours de ces 48 dernières heures était humiliant pour les militants et pour nous tous ». Interrogé par RTL, Jean-François Copé a affirmé que « l’heure est à tourner la page, le temps électoral est terminé […] Je veux dire aux militants qui se sont inquiétés de ce qu’ils ont vu depuis deux jours, que tout ça maintenant est derrière nous ». Et de préciser qu’il ne croyait « pas du tout qu’il y ait un risque de scission », assurant avoir reçu « de très nombreux messages de députés, de sénateurs, de cadres qui ne m’avaient pas soutenu et qui m’ont dit : on travaille ensemble. » « Tout est à faire », a résumé M. Copé. Dans un communiqué, Pierre Laurent, secrétaire national du PCF,  estime lui que « tout à redouter de cette droite agressive ».

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