Dernière ligne droite avant l’élection présidentielle américaine

Mitt Romney, Barack Obama

Cette nuit avait lieu le 3e et dernier débat opposant le candidat républicain, Mitt Romney, au président sortant, Barack Obama. Les élections présidentielles américaines ont lieu le 6 novembre 2012 et les deux candidats semblent au coude-à-coude.

Convaincre les indécis. C’était le but principal de ce troisième et dernier débat, cette nuit, opposant Mitt Romney à Barack Obama. Distancé lors du premier débat, le 3 octobre dernier, bien revenu lors du suivant, Barack Obama ressort globalement vainqueur de ce troisième affront sur la politique étrangère. Plutôt logique : en tant que Président en poste, il a pu mettre en avant son expérience concrète et la confiance de ses électeurs. Dommage pour le Républicain, qui avait pourtant bien réduit l’écart, se rapprochant de son rival en matière de leadership et de légitimité de commandant en chef, test particulièrement important aux yeux des électeurs, qui doit permettre de les convaincre qu’un candidat est capable de diriger les forces armées et les armes nucléaires du pays. Cette nuit, aucun des deux hommes ne s’est disqualifié sur ce terrain. Ce n’était pourtant pas chose gagnée pour Romney, beaucoup plus connu pour son savoir-faire en matière de création d’emplois.

Printemps arabe, guerre en Afghanistan, relations avec Israël, dossier du nucléaire iranien, conflit en Syrie, situation en Libye… malgré les confrontations parfois méprisantes entre les deux hommes, les sujets évoqués hier sont restés relativement limités, dépassant rarement le seul sujet du Moyen Orient. Quand le Président cherche à décrédibiliser son adversaire en le traitant d’incompétent et rappelant qu’il qualifiait Bush de « bon gérant » de l’économie, qu’il louait Dick Cheney et qu’il soutenait l’invasion de l’Irak en 2003 ; l’autre lui opposait son faible leadership et s’efforçait de ne commettre aucune erreur pour ne pas briser sa bonne dynamique. Et pour amener à lui un certain nombre d’électeurs indécis ou du centre. Il a ainsi décerné quelques bons points à Barack Obama, mais aussi quelques gifles, lui assénant qu’il ne pouvait pas se « contenter de tuer [Ben Lader] pour éliminer la menace du terrorisme ».

Un débat virulent et viril donc. Mais qu’en ont retenu les électeurs ? La confiance en lui du Président ou sa peur de ne pas être réélu ? La volonté de Romney d’augmenter les dépenses de défense ou ses remises en cause de la politique étrangère sortante ? Difficile de convaincre un grand public plus attentif aux questions d’emplois et d’économie qu’à la politique étrangère. Au-delà des débats, la spectaculaire remontée de Romney révèle le problème de fond de la campagne d’Obama : défendre un bilan mitigé. L’un des angles d’approche d’Obama dans les prochains jours devrait être de mobiliser l’électorat féminin et les minorités, en leur expliquant que la victoire du républicain serait une catastrophe. D’autant que Paul Ryan a confirmé son opposition à l’avortement, laissant entendre que les républicains chercheraient à revenir sur l’autorisation de l’interruption de grossesse accordée par la Cour suprême dans sa jurisprudence «Roe vs Wade». Prudence toutefois, selon un sondage du Pew Center, une majorité de femmes préférerait Romney.

Cette année, tout devrait se jouer dans une dizaine d’États clés. Le candidat qui récoltera le plus de voix dans chaque Etat gagnera l’ensemble des grands électeurs qui y sont attribués, en fonction de la population. Au niveau national, il en faut 270 sur 578 pour être sûr de remporter l’élection. Parmi eux, Romney semble bien placé en Caroline du Nord (15 Grands Electeurs pour un Etat très conservateur qui vote souvent pour le candidat républicain, sauf en 2008 où Obama avait devancé de peu John McCain grâce au vote des 20% de la population que représentent les Noirs), en Floride (27 Grands Electeurs ; c’est régulièrement l’Etat vedette des présidentielles. Les citoyens de la communauté hispanique, qui représente un quart de la population locale, avaient apporté massivement leur voix à Barack Obama en 2008. Cette année, le débat autour de Medicare, l’assurance-maladie pour les seniors, pourrait y être décisif , au vue du grand nombre de retraités) et en Virginie mais Obama garde un léger avantage dans l’Ohio (20 Grands Electeurs pour l’un des « swing states » les plus décisifs. Cet Etat agricole a permis la réélection de Bush en 2004 grâce à une courte victoire sur ces terres. La règle veut également qu’aucun républicain n’entre à la Maison Blanche sans remporter cet Etat) et le Nevada, ce qui, selon les experts, pourrait lui suffire à s’octroyer quatre ans de plus. En 2008, Barack Obama s’était imposé dans la totalité de cette douzaine d’Etats clés, assurant sa victoire finale.

Quels (autres) enjeux ?

Difficile donc aujourd’hui de savoir qui occupera la Maison Blanche l’an prochain. Mais ce n’est pas le seul enjeu de ces élections. Les membres de la Cour Suprême sont choisis par le Président, donnant ainsi une certaine approche de la justice selon leur sensibilité politique. Si les enjeux sont monumentaux, le Président n’est pourtant pas seul, il doit prendre en compte le Sénat car il partage le pouvoir de nomination avec la chambre haute du Congrès. Et là, les démocrates conserveront sans doute leur faible majorité actuelle. Tout candidat devra recueillir une majorité des voix des sénateurs. Un éventuel président Romney devrait donc proposer une personnalité assez modérée pour convaincre certains démocrates de voter avec leurs collègues républicains. Inversement, si les républicains décidaient d’utiliser la procédure du rfilibuster (utilisée très rarement dans les cas de nominations à la Cour Suprême), Obama serait contraint lui aussi de nommer un candidat qui permettrait de maintenir un certain équilibre idéologique au sein de la Cour. Chaque camp utilise donc la Cour Suprême et son pouvoir de création législativepour mobiliser leurs électeurs dans cette élection mais l’équilibre institutionnel du système politique américain et le rapport de force au sein de ces institutions ne permettraient sans doute pas au vainqueur de nommer un nouveau juge tout à fait à leurs goûts.

Infographie représentant le conflit entre la Géorgie et la Russie pour l’Ossétie du Nord.

Si l’on parle beaucoup du Moyen-Orient, d’Israël (Barack Obama est favorable à la création d’un Etat Palestinien) et de l’Iran comme principaux enjeux de cette élection, la Géorgie semble peu à peu se glisser dans la liste. Alors que le pays voit arriver à sa tête un milliardaire issu des affaires, la Géorgie avait déjà revêtu une grande importance dans les dernières élections US. Alors que la Russie avait dépensé 12,5 milliards de roubles (347 millions d’euros), lors des cinq premiers jours d’hostilités dans la zone de conflit en Ossétie du Sud, George Bush souhaitait débloquer 5,75 millions de dollars pour aider le pays à faire face aux problèmes de réfugiés générés par le conflit avec la Russie. Vladimir Poutine avait alors accusé les USA d’interférer dans le conflit, voire de l’avoir provoqué pour des raisons de politique intérieure. Selon la Presse canadienne de 2008, depuis la chute de l’Empire soviétique en 1991, les Etats-Unis avaient déjà débloqué 1,7 milliard de dollars (1,15 milliard d’euros actuels) pour aider la Géorgie « à bâtir des institutions démocratiques et à mener à bien les nécessaires réformes», selon le Département d’Etat. Entre 1998 et 2008, 277 millions de dollars (187 millions d’euros) ont servi à la formation de l’armée géorgienne, à la fourniture d’uniformes, véhicules et autres matériels, ainsi qu’à la formation des soldats qui ont rejoint, pour prix de ce soutien, les forces américaines en Irak. Quid pour cette année ?

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