Ma très chère rentrée

Le coût de la vie étudiante grimpe de 3,7%, soit le double de l’inflation. Alors que les organisations étudiantes attendant l’allocation d’études et la construction de logements, d’autres mesures se profilent.

 

Etudier va-t-il finir par devenir un luxe ? En tout cas, la rentrée scolaire 2012 se déroule sur fond de hausse du coût de la vie pour les étudiants. Entre septembre et octobre, quelque 2,38 millions d’étudiants gagneront les classe dont plus de la moitié sur les bancs de la fac, contre seulement 3,4% dans une grande école et 22% dans les autres établissements post-bac, selon le ministère de l’Enseignement supérieur. Or la crise n’épargne personne, pas même les étudiants. +3,7 %, selon l’Union nationale des étudiants de France (Unef), premier syndicat étudiant de France, le coût de la vie étudiante a grimpé de presque deux fois l’inflation. En cause : évidemment la hausse des loyers (le poste « logement » a bondi de plus de 60% en dix ans) mais aussi l’augmentation des dépenses obligatoires comme les frais d’inscription à l’université, les cotisations à la Sécurité sociale ou le prix du ticket restaurant universitaire. En tout : +2%. Ajouter à cela un budget étudiant moyen de 2 434,33 euros, soit 2,6% de plus qu’en septembre 2011 et 50% de plus qu’il y a dix ans.

Du mieux sur le logement

Point positif dans le brouillard : les bourses, dont bénéficient 20% des étudiants, ont été revalorisées de 2,1% et le gouvernement devrait débloquer 150 millions d’euros pour verser un dixième mois de bourse. La mesure, créée l’année dernière par la droite, n’avait pas été budgeté cette année.  «Il y a des points positifs, on attend beaucoup sur le logement», explique Eric Zemmour à l’AFP. «En région parisienne, pour certains étudiants» le logement «peut atteindre 50% de leur budget», a précisé à l’AFP la ministre de l’Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso. Pour elle, « le seul moyen de réduire cette spéculation, c’est de construire». Avec la ministre du Logement Cécile Duflot, « nous avons identifié, dans les 150.000 logements sociaux», que le gouvernement veut construire chaque année, «6.000 à 10.000» logements pour les étudiants. En y ajoutant différents dispositifs, « on devrait peut-être même dépasser les 40.000 logements étudiants dans les cinq ans».

Quelles alternatives ?

Exemple de la part des étudiants qui travaillent dans le Limousin.

Résultat : pour financer leurs études, les trois-quarts des étudiants travaillent. Sur les réseaux sociaux, les jeunes témoignent de cette difficulté : « le job est un frein énorme à la réussite des examens, d’autant plus que les employeurs n’ont pas forcément la volonté de s’adapter à nos cours, il y a moins de temps pour réviser, pas plus de considération de la part de l’administration de l’université et des professeurs. Le parcours est plus long, il y a beaucoup de fatigue, et lorsque l’on perd notre emploi même après des années de CDI et en ayant cotisé on nous refuse une allocation chômage ou le RSA. L’organisation est difficile, il faut souvent récupérer des cours chez d’autres, car nous avons moins de temps à travailler ! » clame un étudiant en droit à l’université de Strasbourg. Beaucoup regrettent d’ailleurs l’augmentation de la prime de la rentrée scolaire pour les primaires et collèges. « Quand tu as 6h de cours quotidien en plus du boulot forcément ça fatigue et les révisions en pâtisse. Mais t’as pas le choix parce que t’as un loyer et des factures à payer et que maman-papa ne peuvent pas t’aider financièrement parce que la seule aide qu’on peut t’apporter à toi étudiant c’est une bourse de maxi 400€ ! Donc si tu veux bouffer un minimum ben tu bosses et pour le reste ben tant pis ! »

Après ce ras-le-bol général, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a jeté un pavé dans la marre en annonçant dans une interview au « Monde » vouloir remettre à plat l’ensemble des aides financières pour les étudiants. Au programme : « revoir le cumul de l’allocation logement et de la demi-part fiscale ». Les syndicats étudiants ont immédiatement réagi, d’autant que les négociations officielles sur ces questions ne sont prévues qu’en décembre. Cette décision était pourtant une promesse de campagne de François Hollande qui s’était engagé à remettre à plat les aides existantes pour les étudiants pour créer une allocation d’études supérieures, sous condition de ressources. Ou mais cette annonce de révision est jugée « cavalière » par l’Unef. « Surprise totale » du côté de la Fédération des associations générales étudiantes (Fage).

Mauvais souvenir

Cette idée de revoir le cumul entre l’allocation logement et demi-part fiscale rappelle aussi des mauvais souvenirs aux étudiants. Le précédent gouvernement avait annoncé sa suppression le 6 juillet 2010 avant de faire volte-face devant le tollé suscité par le projet. A Matignon, rien n’est encore tranché et certains se disent surpris des déclarations de la ministre, les jugeant « très prématurées ». Il faut dire que la révision du cumul est potentiellement dévastatrice dans l’opinion. D’après des simulations faites en 2010, un foyer fiscal avec deux étudiants gagnant 4 800 euros net par mois subirait une perte annuelle de 1 685 euros en choisissant l’aide au logement et de 3 400 euros en choisissant la demi-part fiscale.

Pour beaucoup, cette annonce est le signe que le gouvernement cherche à économiser de l’argent un peu partout, comme le souligne aussi le projet de fin de la gratuité des classes préparatoires aux grandes écoles. Sur ce sujet, Geneviève Fioraso a d’ailleurs estimé  qu’elle n’était pas opposée à ce que les étudiants de classes préparatoires soient aussi inscrits à l’université, pour « s’acquitter des droits non pas au titre de la classe prépa mais de l’université ». « Mais cela supposerait alors de reconsidérer le coût des concours, puisque les concours sont la finalité des classes préparatoires », a-t-elle conclu en prenant plus de précautions que sur l’allocation d’études et en précisant que la décision n’était « pas du tout » aboutie.

 

Simplifier l’université

Geneviève Fioraso estime qu’il n’y a pas de tabou à faire payer les classes préparatoires.

Oui mais voilà, au-delà des conditions de vie, il faut « rendre l’université désirable ». Et cela passe par « la rendre plus lisible, la simplifier»,  faisant référence aux milliers d’intitulés de licences et de masters rarement clairs pour les non-initiés.

Autre point négatif : Si la confiance dans l’université est bonne concernant les masters, il n’en va pas de même pour le premier cycle. Pire, le Plan Réussite en licence lancé par la droite pour 700  millions d’euros n’aurait « servi strictement à rien». En réaction, Geneviève Fioraso a lancé cet été des Assises de l’Enseignement supérieur et compte ensuite « corriger » la loi LRU de 2007 sur l’autonomie des universités. En effet, 19 d’entre elles ont accusé un déficit en 2011 et 11 ont été déficitaires sur les deux dernières années.

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One Response to “Ma très chère rentrée”
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  1. […] auraient pu trouver sans toucher aux finances publiques, et donc sans devoir demander aux ménages de mettre une nouvelle fois la main à la poche, se pose la question du timing politique. Était ce le bon moment – économiquement […]



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