Une histoire de fesses fait polémique à l’hôpital

Marisol Touraine, ministre de la Santé a dit non. Non à la fatalité d’avoir les fesses à l’air pour les patients d’hôpital. Si la question peut prêter à sourire, pour la ministre comme pour Leya_MK, la kinésithérapeute à l’origine de la polémique, il s’agit bien là d’un problème de dignité.

En écrivant son billet Dignité, mes fesses ! sur son blog, Leya_MK s’attendait-elle à faire autant de bruit ? Probablement pas. Et pourtant, de son coup de gueule est née une pétition, de cette pétition une intervention du Ministère de la Santé. Mais de quoi parle-t-on exactement ? Des blouses fournies aux patients hospitalisées. Des blouses blanches, amples, taille unique et munies seulement quelques boutons-pressions à l’arrière en guise de fermeture. Un système qui donc laisse apercevoir les fesses des malades. Voire un peu plus quand il s’agit de monter sur un brancard. Alors que le personnel soignant plaide la facilité des soins, d’autres montent au créneau au nom de la dignité. D’autres comme Leya_MK qui, à la suite d’un entretien avec une patiente âgée de 85 ans, l’a entendue s’excuser de se retrouver à moitié nue devant elle. « Pourquoi cette petite dame adorable éprouve-t-elle le besoin de s’excuser ? Depuis quand être à demi-nu devant les soignants, les médecins et ses proches doit être une fatalité quand, sur le plan médical, rien ne le justifie ? Elle est où, la dignité, dans tout ça ? » explique la kinésithérapeute au Monde. En réponse, « Farfadoc« , une bloggeuse médecin adresse à Marisol Touraine une pétition sur les réseaux sociaux, signée par 10 198 internautes (le modeste objectif était de 10 000).

« Taille unique, la même pour M. AncienRugbyman, 150 kilos pour 1,90m, ou pour Mme Souris, 32kilos toute mouillée. Ouverte dans le dos. 4 boutons pression […] Dignité? mes fesses! »

Le texte préconise des solutions alternatives afin de garantir le « respect de la dignité » des patients, comme l’usage de robes similaires à celles utilisées dans les hôpitaux anglais et américains (en anglais). La ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine, a donc réagi jeudi 9 août dans un courriel adressé à « Farfadoc » : « Si cette question est perçue comme secondaire par certains, elle ne l’est pas à mes yeux. Les situations très concrètes évoquées sur vos blogs décrivent parfaitement la gêne, pouvant parfois aller jusqu’à l’humiliation, qui peut être celle des patients, âgés ou non, dans de telles circonstances. Il y va tout simplement de la dignité de la personne » rapporte dans un tweet la médecin généraliste. Et Marisol Touraine de préciser que les services du ministère ont été saisis sur la question et qu’elle attend des propositions au retour des congés d’été.

La dignité inscrite dans la loi

Dans le contexte actuel, entre crise économique, problèmes d’accès aux soins et manque chronique de personnel dans les hôpitaux, il peut paraître futile de s’indigner au sujet de quelques boutons pression. Pourtant, des études ont montré l’importance des chemises d’hôpital sur le ressenti des malades.  Il n’est pas si facile de mettre sa pudeur au placard. Une hospitalisation, peu importe le motif, n’est jamais un moment agréable. Avec une chemise difficile à fermer, qui n’incite pas à se déplacer, il est particulièrement difficile d’avoir confiance en soi. Aussi futile que peut sembler cette polémique, il n’en demeure pas moins que le Code de santé publique a inscrit le principe de dignité dans la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades: la personne malade a droit au respect de sa dignité. Si la majorité des personnels soignants travaille dans cette optique, le manque de moyens se fait aussi ressentir. Pourtant, des chemises se nouant sur le côté, façon cache-coeur, ou ayant simplement une fermeture plus adaptée pourrait être des solutions simples et pas forcément plus coûteuses. Mais cette polémique ne fait pas l’unanimité chez le personnel soignante, qui estime, à juste titre, qu’il y a des problèmes plus graves à résoudre.  Sur twitter, l’infirmière «TheSwaggNurse»  se dit « choquée par la pétition anti-fesse à l’air des patients hospitalisés, vous savez ce que c’est d’ôter un pyjama à un patient en arrêt ?».

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Comments
4 Responses to “Une histoire de fesses fait polémique à l’hôpital”
  1. Meredith dit :

    Perso quand je me suis faite opérer ça ne m’a pas dérangée plus que ça. Personne ne m’a vue de dos, on a transformé mon lit en brancard et je suis directement passée en salle d’opération.

  2. davy dit :

    Encore un arbre pour cacher la forêt… certe il ne faut pas oublier la pudeur ( charte de la personne hospitalisé ) mais n’y a t’il pas d’autres priorités dans le milieu hospitalier.
    Mme la ministre il n’y a pas de moyens pour l’hopital, pas suffisament de personnel, la politique gouvernementale veux faire de l’argent sur le dos de ses patients ainsi que le personnel de santé… Ce personnel qui donne de sa santé pour que les soins soient fait dans le respect de la dignité humaine et non dans une politique commerciale.
    Que notre collegue kiné se soucie plus des conditions de vie des patients (ou clients comme disent certains) dans les structures, ainsi que les conditions de travail qui sont imposées au personnel de santé avant de trouver des sujets qui ne font que remuer du vent et ne vont déboucher que sur des depenses afin de palier a un probleme qui n’en ai pas un .
    Mais bon ce n’est qu’un avis d’un tout petit aide soignant qui lui aussi a son niveau essaye de trouver des solutions et qui voudrais bien que ce monde de la santé puisse enfin ce poser les bonnes questions et non de tourner autour du pôt en attendant la retraite..

  3. Paul dit :

    C’est pas justifié, après trois opérations pas mal de monde a vu mes fesses et j’en ai vu quelques unes, c’est vraiment pas mal vécu ou alors par une vraie minorité… Le personnel hospitalier ne se focalise pas dessus non plus, ils en voient tout les jours et c’est pas plus choquant que ça. Par contre la petite vieille n’avait pas à s’excuser. A l’hôpital on doit parfois être aidé par le personnel de l’hôpital pour les douches, hé bien on est nu. Parfois ils doivent aussi vider les pistolets d’urines, ou changer le bac qui récupère les sels quand on peut pas aller au toilettes seuls… L’hôpital c’est un lieu ou voir des fesses est vraiment le dernier des soucis quand on y est, alors oui c’est vraiment une polémique à la con.

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