La tête dans le guidon

A Valence, l’association Roulons en Ville à Vélo (REVV) organise depuis quatre ans des cours collectifs d’apprentissage du vélo pour les adultes. Reportage pendant la première session de cours de l’année 2012.

«Il ne faut pas que mes enfants me voient  comme ça » sourit Nacira Amri. Un peu mal à l’aise, assise sur sa selle, cette maman en est à sa première leçon. Dans les locaux de l’association REVV, elle et trois autres femmes apprennent à faire du vélo. «Avec les beaux jours qui arrivent, je veux aller faire des balades en famille » confie-t-elle. Elle a grandi en Algérie et, contrairement aux hommes, n’a jamais eu l’occasion d’apprendre à pédaler. Jusqu’à aujourd’hui. « C’est une amie qui m’a parlé de ces cours. Elle avait bien réussi. Et pour l’instant, moi, ça va », avoue-t-elle avant de repartir faire des longueurs sur son vélo sans pédale. Là-bas, pas de petites roulettes mais une bicyclette utilisée comme une draisienne, c’est-à-dire à pousser avec les pieds le plus loin possible. Le but : acquérir le sens de l’équilibre. « On différencie l’équilibre du pédalage parce qu’apprendre les deux en même temps est très compliqué. Et avec les petites roulettes, on n’apprend pas l’équilibre » explique Bernard Bedouet, le responsable de la Maison du Vélo.

Ludique et décomplexant

Ces cours collectifs existent depuis quatre ans à l’association. Pas d’enfant, mais uniquement des adultes, souvent des quadragénaires, majoritairement féminines. Pour beaucoup, c’est surtout  l’occasion de décomplexer. « Mes deux enfants savent faire du vélo et je veux pouvoir les accompagner » confie Lili. Le vélo, elle connaît, elle en a déjà fait étant petite. Mais après une chute, impossible pour elle de remonter. « Rouler en ville, avec la circulation, me fait peur » explique-t-elle. Pourtant, elle n’a pas d’autre solution. Passer le permis est compliqué et coûte cher. «Le vélo, c’est plus écologique, moins cher et plus rapide pour se déplacer» philosophe-t-elle. Apprendre à se déplacer en ville, c’est aussi l’objectif de Saholy d’Emmerez de Charmoy. Elle a appris le vélo à Madagascar « mais là-bas, on roule comme on veut, pas comme ici et ça me fait peur ». Avant de profiter des longues allées du parc Championnet, des petites travées du parc Jouvet puis des routes à plus ou moins grande affluence, toutes les participantes devront d’abord maîtriser les consignes de sécurité, les règles à respecter et les attitudes à adopter. Quand les quatorze sessions de cours sont terminées et que l’élève sait pédaler correctement, il repart avec le sourire aux lèvres. Et un sentiment de fierté  !

En route vers l’emploi en vélo

Le Plan local pour l’insertion et l’emploi (PLIE) du Valentinois est partenaire de la vélo-école de l’association REVV depuis 2010. En trois ans, quelque 35 demandeurs d’emploi ont pu bénéficier des cours, financés en grande partie par le Conseil Général de la Drôme. À l’origine de cette collaboration, le constat que la mobilité représente souvent un frein à l’emploi. L’organisme prend donc en charge l’ingénierie du projet : elle fournit les feuilles d’émargement, les convocations et autres documents administratifs.

La vélo-école fait partie du panel d’actions proposées selon les difficultés d’accès à l’emploi et est donc proposée en priorité aux personnes assez éloignée de l’emploi mais aussi aux jeunes. « Généralement, c’est le conseiller du bénéficiaire du PLIE qui positionne le besoin. Mais la participation est toujours bénévole » explique Marie Eynard, chargée de mobilité au DIEDAC PLIE. Elle donne l’exemple d’une femme qui a refusé en 2011 avant d’accepter cette année.

Savoir se repérer dans l’espace

Depuis cette année et en participant à hauteur de vingt euros et après les douze séances financées par le PLIE, l’élève repart avec le vélo pliable sur lequel il a appris (vélo d’une valeur initiale de 100 euros, pris en charge à 80% par le Conseil Général). « Ils peuvent ainsi plus facilement aller à l’emploi sans le blocage de devoir acheter un vélo » plaide Marie Eynard. Même si le PLIE a conscience des limites pratiques du vélo, il peut néanmoins permettre à un demandeur d’emploi de trouver un poste aux horaires décalés que le bus ne permet pas de rejoindre. «Pour ceux qui n’ont pas trouvé de travail grâce à ça, car le poste était trop loin, au moins, ça les remobilise» ajoute la chargée de mobilité du PLIE. La dynamique de groupe ainsi créée réveille chez les participants un sentiment de fierté, « ils se rendent compte qu’ils sont capables de faire quelque chose ». L’apprentissage du vélo est aussi un atout pour les personnes qui envisagent de passer leur permis. Elles y apprennent des notions de code de la route, nécessaires pour circuler en ville, et à se repérer dans l’espace, participant à la baisse du nombre d’heures de conduite. En 2011, neuf personnes sur dix sont allées au bout de la formation.

Comment s’inscrire ?

  1. Adhérer à l’association
    • Ouverte à toute personne désirant apprendre à pédaler et/ou à se déplacer en vélo en ville.
    • Adhésion : 10 euros

     

  2. Formalités
    • Leçon d’une heure à une heure et demie les lundis et jeudis après-midi.
    • Cours dans les locaux de l’association REVV puis au parc Championnet, au parc Jouvet, dans les rues, à l’Epervière pour finir avec une balade à la campagne.
    • Avoir plus de 18 ans. Pour les enfants, les bénévoles accueillent les familles pour les conseiller mais laissent les parents s’occuper de leurs enfants.

    Article publié dans le Dauphiné Libéré du jeudi 3 mai 2012.

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