Vaccination : La France a besoin d’une piqûre de rappel

Pour la sixième année consécutive, le ministère de la Santé, en collaboration avec plusieurs organismes de santé publique, organise « La semaine européenne de la vaccination ». Exposition, explications, séances de vaccination, c’est l’occasion de faire le point sur ses vaccins et de mieux comprendre leur intérêt, surtout après l’épidémie de rougeole de 2008.

« Il y a tellement de vaccins, on ne sait plus quand les faire donc j’en profite, ça fait trois ans que je ne suis plus à jour ! » Alain Bottereau vient de Pont-de-l’Isère au centre international de vaccination de Valence. Il part la semaine prochaine au Burundi pour des raisons professionnelles et doit donc se faire vacciner contre la fièvre jaune. L’occasion d’effectuer en même temps tous les rappels qu’il lui manque. Il fait partie des 27% de Français qui ne connaissent pas la nature de leur dernier vaccin. Un Français sur cinq estime d’ailleurs ne pas être à jour de ses vaccinations. « On reçoit principalement des gens qui vont voyager et qui doivent se faire des vaccins obligatoires pour pouvoir circuler dans le pays. Quand leurs autres vaccins ne sont pas à jour, on en profite pour leur demander s’ils veulent les faire » confie Jenny Bellier, infirmière de santé publique. Tous les ans, le centre reçoit plus de 4 000 personnes à vacciner.

Deux ados sur trois sont mal vaccinés

Après avoir rempli un petit questionnaire, Alain est pris en charge par Jenny Bellier. Dix minutes plus tard, il ressort, le carnet de santé à jour. La semaine européenne de la vaccination est l’occasion de faire le point sur les vaccinations. Cette année, l’accent est mis sur les adolescents et les jeunes adultes. En effet,  seul un tiers des adolescents est correctement vacciné. « Jusqu’à six ans, la vaccination est plutôt bien suivie par les médecins mais après, les adolescents sont globalement en bonne santé, donc ils ne vont pas beaucoup chez les médecins et sont peu sensibilisés aux vaccins » explique le Dr Sylvaine Boige-Faure, médecin directeur de la Direction Santé Familles Environnement (DSFE) de la Ville de Valence. Une couverture vaccinale insuffisante à l’origine de l’épidémie de rougeole qui sévit en France depuis 2008, particulièrement dans la région Rhône-Alpes : près de 30 % des cas y sont survenus, touchant beaucoup l’Ardèche, la Haute-Savoie, la Savoie et la Drôme.  Un vaccin protège non seulement individuellement mais surtout collectivement. Ainsi, 93% à 94% d’une population vaccinée suffit à ce que la germe d’un virus ne circule plus. Mais le sud de la  Drôme et l’Ardèche semblent moins sensibles aux vaccins. Pourtant, Patrick Royannez, adjoint à la santé à la ville de Valence, estime que « la solidarité doit revenir, on se fait vacciner aussi pour les autres et si tout le monde se faisait vacciner contre la grippe, elle serait éradiquée« , comme l’a été la variole. Ainsi, avec la généralisation du vaccin des enfants contre le pneumocoque, on a vu diminuer le nombre de pneumonie chez les personnes âgées car ce sont souvent les enfants qui contaminaient leurs grands-parents. Considéré comme le plus grand succès de la médecine par beaucoup de professionnels de santé, la vaccination paye pourtant le prix de la crise, selon M. Royannez : « Les gens se font moins soigner et comme la majorité des vaccins sont recommandés et non obligatoires…« . Sans comptez les polémiques qui ont alimenter le débat.  Grippe H1N1, alumine, hépatite B… « Les rumeurs persistent« , concède le Dr Jean-Claude Vuchot, pédiatre valentinois à la retraite. « Au Royaume-Uni, le journal The Lancet a pointé une augmentation du nombre de cas d’autisme après le vaccin ROR [rougeole, oreilleons, rubéole, ndlr] causant une baisse de la vaccination et une résurgence de la rougeole. Il a été prouvé il y a deux ou trois ans seulement que cet article était mensonger« . S’il n’est pas contre-indiqué de vacciner une personne malade, généralement, les praticiens ne le font pas, pour des questions pratiques et pour éviter tout risque d’amalgame.

« Problème générationnel« 

Mais si la couverture vaccinale a tendance à baisser, les Français ne sont pas les seuls à incriminer. « Les campagnes nationales marchent assez peu mais quand on voit les personnes en individuel, ça fonctionne mieux » remarque l’infirmière, « il faudrait que les médecins généralistes communiquent plus« . Et pour cause, le service militaire, qui mettait automatiquement à jour tous les vaccins, a disparu pour les hommes, la santé scolaire manque de moyens et la médecine du travail s’inquiète peu des vaccinations, sauf pour le personnel travaillant la terre et risquant ainsi d’être contaminé par le tétanos en se blessant. Après le scandale du Médiator et la mauvaise gestion du vaccin contre la grippe aviaire, les Français semblent avoir perdu confiance dans les laboratoires. Une proportion de méfiance qui s’ajoute aux phobiques des piqûres et aux naturopathes, peu enclins à recevoir une substance étrangère par injection. « C’est un problème générationnel » estime le Dr Boige-Faure, « mes parents ont vu des malades de la diphtérie, pas les jeunes de 20 ans« . Résultat, la couverture vaccinale des enfants drômois à deux ans est de 95% pour les vaccinations obligatoires (diphtérie, tétanos, polio) mais elle est moins satisfaisante pour les vaccinations recommandées et surtout variable d’un secteur géographique à l’autre . L’épidémie de rougeole en 2011 a mis en évidence une couverture vaccinale contre la rougeole insuffisante dans le Diois et le Nyonsais. En France, chez les jeunes de 15 ans seuls 86% ont eu les 2 doses nécessaires, 73% ont eu le deuxième rappel contre la coqueluche, et un peu plus d’un tiers ont reçu les trois doses contre l’hépatite B. Quant au vaccin contre le papillomavirus (HPV), 39% des filles de 14 ans ont reçu au moins une dose, quand le protocole en comprend trois. La sensibilisation est particulièrement importante pour la coqueluche qui peut être transmise à l’enfant par un parent malade. Or, à partir de l’âge de dix, douze ans, le deuxième rappel, nécessaire pour une immunisation complète, est rarement fait.

La Drôme et les maladies

Calendrier vaccinal simplifié pour 2012.

  1. L’épidémie de rougeole
    • 2009 : 1,2 cas pour 100 000 habitants
    • 2010 : 7,1 cas pour 100 000 habitants
    • 2011 : 146,6 cas pour 100 000 habitants.
    • Sur les 15 000 cas comptabilisés en 2011, 5 075 étaient en Rhône-Alpes dont 433 dans la Drôme et 489 en Ardèche.

     

  2. La tuberculose
    • En moyenne, six Drômois décèdent tous les ans de la tuberculose.

     

  3. La grippe
    • En 2009, la Drôme a enregistré 132 séjours hospitaliers pour la grippe, soit trois fois plus qu’en 2006 et 2009.

Article connexe : “Des maladies réapparaissent malgré les vaccins”, Dr Vuchot

Advertisements
Comments
2 Responses to “Vaccination : La France a besoin d’une piqûre de rappel”
Trackbacks
Check out what others are saying...
  1. […] ne peut pas obliger un parent à faire vacciner son enfant mais il faut les responsabiliser. On voit des maladies qui réapparaissent malgré la couverture […]

  2. […] leur montrer qu’elles ont des compétences qu’elles ont tendance à sous-estimer » explique le Dr Boige-Faure, médecin directeur de la DSFE de la Ville, qui rappelle qu’il est possible de « se tromper en […]



Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :