« Ce que nous vivons aujourd’hui dépend de ce que d’autres ont vécu dans le passé », Paul Eyghar

Paul Eyghar, de son vrai nom Patrick Manoukian, est l’auteur du roman « Les Bertignac », qui a reçu le Prix Gulli 2012 du meilleur roman jeunesse. Passé à l’écriture il y a deux ans, il a écrit deux albums de BD très engagés et un petit essai sur « Le temps du Voyage, petite causerie sur la nonchalance et les vertus de l’étape » avant de s’adonner à l’écriture d’un roman pour la jeunesse.

Paul Eyghar est le lauréat du prix Gulli 2012 pour le meilleur roman jeunesse avec "Les Bertignac".

Quelle importance attachez-vous à l’obtention du Prix Gulli ?

Je suis très sensible à ce Prix Gulli pour trois raisons. Avant tout parce que c’est le premier que je reçois et qu’il récompense mon premier roman. La deuxième parce que je suis très sensible au fait que ce concours littéraire soit organisé par une chaîne de télé, et plus particulièrement par une chaîne de télé comme Gulli dédiée à la famille. Moi qui dans une autre vie ai été l’éditeur de Goldorak, d’Ulysse 31 ou de Tortues Ninja, je suis plutôt flatté qu’une chaine de télé m’offre l’occasion de revenir vers le jeune public avec une ambition beaucoup plus littéraire que les magazines que j’ai pu publier à l’époque. La troisième parce que le jury était composé de douze familles au sein desquelles les parents et les enfants devaient se mettre d’accord sur un seul livre à recommander. C’était pour moi un critère à la fois très intelligent et très exigeant, et que mon travail réponde à cette exigence me rend très fier du résultat.

Qu’y a-t-il de vous dans le roman Les Bertignac ?

Beaucoup de choses. A part la rencontre avec les dinosaures, bien sûr, j’ai presque vécu personnellement chacune des aventures de Tarko et Lou. Quand j’étais beaucoup plus jeune, je suis parti pour trois semaines de vacances en Ecosse, des vacances qui ont finalement duré vingt sept mois dont treize dans le Mato Grosso et le Pantanal brésilien. J’ai effectivement vécu en forêt, fréquenté des prospecteurs de diamants, partagé la vie d’indiens, chassé le caïman, le serpent à sonnette ou le boa. Quant au côté magique des shamans, j’ai été sinon initié, au moins sensibilisé au shamanisme par des indiens Lakotas lors d’un séjour dans le Dakota et plus tard par une tribu du Mato Grosso. D’un autre côté, j’ai été pendant vingt ans éditeur de magazines pour jeunes et ados souvent tirés de dessins animés et, avec la publication de Goldorak, j’ai sûrement été un des pionniers du manga en France. J’en ai peut-être tiré une forme de narration plus dense et plus mouvementée.

Est-ce que le résultat ressemble à ce que vous vouliez ?

Tout à fait. Lors de la remise du prix, la présidente Amanda Sthers a donné la parole à quatre jeunes lecteurs, et tous ont cité, dans ce qui les avait décidé à choisir les Bertignac, au moins un de ces points.

Quelles exigences aviez-vous pour ce roman ?

Comme je vous l’ai dit, j’ai un passé d’éditeur et je maitrise bien les techniques d’impression. Pour imprimer la couverture d’un livre par exemple, on imprime au moins quatre couvertures sur la même feuille. Ça ne coûte donc absolument rien de plus à l’éditeur d’imprimer quatre couvertures très légèrement différentes pour le même roman. Pour les Bertignac, on trouve d’une couverture sur l’autre une mygale qui « bouge » un peu, en haut à droite soit un parachute, soit un aigle, soit un avion, et derrière le T-Rex, quatre shamans différents apparaissent selon les couvertures.

C’est peut-être astucieux, mais à quoi ça sert ?

Ça sert par exemple à inscrire tout autour de la couverture un message secret où il manque trois lettres sur quatre, et les lecteurs doivent deviner qu’il existe plusieurs couvertures, les retrouver et les comparer, et finir par déchiffrer le message secret. Ce que je veux dire c’est que je ne voulais pas simplement écrire un roman. Je voulais donner à mes lecteurs un maximum de petites choses en plus, comme des petits bonus. C’est aussi pour ça que j’ai tenu à créer moi-même le site internet www.lesbertignac.com

Y a-t-il d’autres secrets cachés dans Les Bertignac ?

Les adultes qui liront le chapitre 43 qui se passe à Londres du côté d’Abbey Road par exemple comprendront vite que tous les noms propres ont un lien direct avec les Beatles. Le nom des shamans Chimichuri et Choripan fera sûrement sourire les lecteurs argentins ou les gourmands qui ont voyagé en Argentine…

Et pour ce qui est des « digressions pédagogiques »… ?

Je me suis battu avec de l’éditeur pour les maintenir et les imposer. Elles étaient indispensables au projet parce que les jeunes lecteurs aiment découvrir et apprendre des choses surprenantes. J’ai donc essayé de le faire de façon ludique. En quelques lignes on apprend quelle est la puissance et la vitesse d’un éclair, ce que représente en baignoires le débit d’un fleuve en crue, la fabrication et l’action d’un poison comme le curare, qu’un corps ne peut pas tomber plus vite qu’à 300 km/h… là encore un des enfants du jury a dit que c’était un des points qui avait emporté son vote et je suis content d’avoir insisté auprès de l’éditeur pour garder ces petites digressions dans le texte final.

D’où vous est venue l’idée des shamans protecteurs ?

Deux fois dans ma vie j’ai abordé de très près le shamanisme. Une fois auprès d’une tribu Lakota dans le nord des Etats Unis, et une fois dans le nord du Mato Grosso auprès d’une tribu indienne. Sans être véritablement initié, j’ai participé à quelques cérémonies. J’ai voulu me servir de cette expérience personnelle pour introduire un côté magique dans les aventures des Bertignac. Ce que j’aime dans cette magie, c’est qu’elle n’est pas violente, et qu’elle est très liée à la nature.

Et Pachamama ?

Pachamama n’est pas une invention. C’est une divinité, ou plutôt un esprit que beaucoup de gens vénèrent en Amérique du Sud. C’est un peu le concept de la Mère Nature, la Terre Mère.

Il n’y a donc pas que des inventions fantaisistes dans Les Bertignac ?

Non. On cherche bien en Amazonie par exemple le plus grand gisement de diamants du monde et j’ai bien connu des géologues aventuriers français qui participaient à cette recherche et dont je me suis inspiré pour le personnage de Toulouse. La Carretera de la Muerte, la fameuse route de la mort, existe bien dans les Andes et la tradition qui veut qu’on arrose d’alcool local les pneus des voitures avant de l’affronter est un rituel habituel…

A quand le tome 2 alors ?

L’éditeur du Tome 1 n’était pas très décidé. La parution initialement prévue en novembre 2012 avait été repoussée. Je pense que le Prix Gulli va changer la donne. J’étais passé à l’écriture d’autres projets, mais je vais me remettre aux Bertignac pour une parution vers le printemps prochain.

Vous écrivez d’autres choses ?

Juste un peu avant les Bertignac, j’ai publié aux éditions Transboréal un petit essai sur les voyages où on retrouve beaucoup des expériences personnelles qui m’ont inspiré pour Les Bertignac. Le livre a pour titre Le Temps du Voyage, petite causerie sur la nonchalance et les vertus de l’étape, dans la très belle collection Petite Philosophie du Voyage. Il est publié sous mon vrai nom de Patrick Manoukian. J’ai un roman littéraire, Un Roman Brésilien, en cours de lecture chez plusieurs éditeurs sous le nom de Jacques Haret, et je termine un gros roman policier dont l’action se déroule entièrement en Mongolie. Je dois le remettre en juillet 2012, et j’attaquerai aussitôt le tome 2 des Bertignac.

Un pseudo pour chaque livre ?

Oui, c’est un jeu. Chaque pseudo a une signification phonétique en brésilien : Paul Eyghar (polegar) signifiait «faire du stop» en brésilien à l’époque. Jacques Haret (jacarè) est le nom brésilien du caïman. Déjà dans ma jeunesse je signais mes articles avec des pseudos : Henry Bambell, Larry Tournelle, Harry Cover…

On peut déjà en savoir un peu plus sur la suite des Bertignac ?

Comme la fin du tome 1 le laisse entendre, Tarko va se retrouver tout seul en Mongolie et l’ensemble du roman va se dérouler plutôt en orient, entre la Mongolie et l’Inde. Mais comme Jasmine et Sixtine ont tapé un peu fort (les lecteurs du Tome 1 comprendront !!!) on ne peut pas prévoir encore à quelle époque exactement débutera cette nouvelle aventure.

Un indice quand même ?

Rien n’est écrit au hasard dans Les Bertignac. Que les lecteurs repensent à la première scène anglaise, à Londres, dans le Tome 1. Le bébé que Lou sauve des flammes pendant le bombardement, est-ce par hasard s’il est blessé à l’oeil ?

C’est ça l’indice ?

L’indice c’est que ce que nous vivons aujourd’hui dépend toujours de ce que d’autres ont vécu dans le passé, vous ne croyez pas ?

Les Bertignac, le résumé.

« Salut, je m’appelle Tarko. Quand nous sommes pris dans une tempête tropicale, ma sœur Lou et moi, et que notre petit avion s’écrase au cœur de l’Amazonie, nous ne donnons pas cher de notre peau. Il faut dire qu’en plus des mygales, des anacondas et des caïmans, nous sommes attaqués au milieu de la jungle par des dinosaures d’un autre âge. Pourtant, grâce à l’aide inespérée de Toulouse, un aventurier chercheur de diamants, de son guide Mato Grosso, un indien Bororo maousse costaud et de la tribu des indiens Murmures, du clan des Invisibles, nous allons échapper aux dangers de la jungle. Mais je comprends vite que rien n’est dû au hasard, et qu’un destin magique m’attend pour affronter un adversaire bien plus terrifiant : l’Homme à l’œil de Diamant.

C’est sûr que pour combattre un type comme lui, j’ai bien besoin de mes trois shamans guide et de mes sept shamans protecteurs.

Quant aux filles de l’histoire : Lou, ma petite peste de frangine, Sixtine et Jasmine, avec leurs bouquins assommants…bon…enfin bref…tu n’as qu’à lire le récit de mes aventures, et tu sauras ce que j’en pense ! »

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