L’ambassade britannique dans la ligne de mire iranienne

L’ambassade britannique à Téhéran a été, mardi 29 novembre, prise d’assaut, occupée et saccagée par plusieurs dizaines de manifestants. Cet incident intervient dans un contexte de vive tension diplomatique entre les deux pays, notamment autour du dossier nucléaire iranien.

 

L’ambassade britannique attaquée le 29 octobre 2011 à Téhéran – Atta Kenare afp.com

Union Jack brûlé et remplacé par le drapeau iranien, vitres de la chancellerie brisées, objets jetés par la fenêtre et portrait de la reine Elisabeth II brandit la tête en bas… Ils sont une dizaine de manifestants, présentés par le Figaro du 30 novembre comme des « étudiants bassidjis » – une milice à la solde du pouvoir – à avoir occupé deux bâtiments de l’ambassade britannique le 29 novembre. Alors que Le Monde propose un reportage photo des attaques, Le Figaro pointe « les récentes sanctions décidées par Londres contre l’Iran, en raison de son programme nucléaire controversé, notamment la rupture des liens entre son secteur financier et les banques iraniennes ». Si Libération évoque « la guerre que se livrent le Guide suprême, Ali Khamenei, et Ahmadinejad », estimant qu’ « on peut penser que la première, qui a la haute main sur les miliciens, a cherché à embarrasser la seconde », la correspondante du Financial Times en Iran affirme que ces événements sont survenus dans le cadre d’une de trois cents à cinq cents personnes, marquant l’anniversaire de l’assassinat du scientifique Majid Shahriyari. Bien que le Royaume-Uni ait toujours nié toute implication dans cet assassinat, il est considéré par les Iraniens les plus radicaux comme le chef de file des ennemis étrangers de l’Iran. D’après l’Express (qui, comme Le Parisien, a mis en ligne une vidéo de la prise d’assaut), soutenu par Libération et LePoint.fr, il a fallu au moins une demi-heure à la police avant d’intervenir, alors que le gouvernement iranien doit protéger les diplomates et les ambassades sur son territoire. Le lendemain, l’Express.fr annonçait que « Londres a pris la décision d’évacuer le personnel de son ambassade » expliquant qu’ « un premier groupe de diplomates devrait embarquer en milieu de matinée à bord d’un vol à destination de Dubaï ». Les ressortissants ont été invités à « rester chez eux » et à « adopter un profil bas ».

L’Iran, son nucléaire et l’Occident

Cet incident intervient donc après l’annonce de la Grande-Bretagne de rompre tous les liens entre son secteur financier et les banques iraniennes, banque centrale comprise. D’après l’Expansion.fr, « c’est la première fois que le Royaume-Uni impose une rupture de ce type avec le secteur bancaire de tout un pays ». Le but : « marquer sa préoccupation sur le développement du programme nucléaire ». En effet, un rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) publié le 8 novembre révèle des images, « troublantes » pour le Figaro du 7 novembre, de la base de Parchin qui abriterait des installations destinées à tester des explosions nucléaires ainsi que des reproductions informatiques d’ogives nucléaires retrouvées dans des ordinateurs de scientifiques iraniens. Ralentie par le virus informatique Stuxnet en 2010, le Figaro affirme que « la marche iranienne vers la bombe nucléaire […] a repris son rythme de croisière » et que l’Iran pourrait assembler une ou deux bombes nucléaires en quelques mois. A propos de ce « bras de fer entre les pays occidentaux et le régime

Un drapeau britannique brûlé le 29 novembre 2011 devant l’ambassade de GB à Téhéran

de Téhéran » selon le Parisien, 20Minutes ajoute que les Etats-Unis ont dévoilé de nouvelles mesures pour contrecarrer les efforts iraniens, pour limiter la capacité de l’Iran à accéder au système bancaire international pour financer son programme nucléaire. Dans une chronique du Monde, Alain Frachon dénonce le comportement « irresponsable » de la Russie et de la Chine qui ont rejeté l’idée de nouvelles sanctions et n’ont voté les précédentes à l’ONU « que pour être en mesure de les négocier à la baisse ». Les deux puissances économiquement liées à l’Iran prônent que les actions en Libye et en Irak « confirmeraient [l’Iran] dans sa conviction que la possession de l’arme nucléaire est la seule vraie garantie contre les ingérences étrangères ».

« Petit Satan »

Alors que Le Parisien annonçait la fermeture de l’ambassade de Norvège et de trois écoles (française, allemande et anglaise), Le Monde prévenait du gel des avoirs de la Banque d’Iran et de l’embargo sur les exportations de pétrole iraniennes par la France. L’Arabie-Saoudite s’est alors dit prête à augmenter sa production de pétrole pour que les éventuelles sanctions américaines contre l’Iran ne perturbent pas le marché mondial du brut.  L’Express du 30 novembre rappelle que les Etats-Unis n’entretiennent plus de relations diplomatiques avec l’Iran depuis 1979 après la prise en otage de 52 employés de leur ambassade à Téhéran par des étudiants islamistes. Le 28 novembre, le Parlement iranien a entériné un projet de loi abaissant le niveau des relations diplomatiques et économiques avec le Royaume-Uni. L’ambassadeur britannique devrait quitter son poste avant Noël. Pour le Figaro, « Téhéran a toujours considéré la Grande-Bretagne comme un « petit Satan » plus facile à humilier que son allié américain » et comme ses relations avec le Canada sont « très limitées », les réactions iraniennes se sont donc concentrées sur le Royaume-Uni. Si Téhéran a affirmé n’avoir « rien à voir » avec cet incident, les ambassades britannique et française sont régulièrement la cible de « petites mesquineries », toujours d’après le quotidien, de la part des autorités iraniennes. Il y a quelques années, en pleine canicule, des policiers avaient empêché un camion transportant des centaines de bouteilles d’eau de pénétrer dans l’enceinte britannique, forçant ses employés à les porter à la main. Le Parisien et le Point expliquent que l’ayatollah Ali Khamenei a justifié l’action des manifestants comme une réaction légitime face à la « politique dominatrice » de Londres. « La colère des étudiants est due à plusieurs décennies de politique dominatrice de la Grande-Bretagne en Iran », a confirmé le président du Parlement Ali Larijani. La presse iranienne s’est abstenue de commenter l’attaque mais lui a accordé ses gros titres en soulignant surtout « la colère des étudiants » contre la Grande-Bretagne.

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  1. […] pays sunnites redoutent la constitution d’un croissant chiite, qui irait de l’Iran à la Méditerranée avec le Hezbollah libanais, auquel la Syrie de Bachar Al-Assad offre une […]



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