« L’Union européenne ne dispose pas des instances démocratiques élémentaires »

Après avoir annoncé un référendum sur le plan d’austérité, l’ancien Premier ministre grec George Papandréou s’est finalement rétracté. Cette volte-face fait suite à une convocation en règle devant les leaders de la zone euro, le tandem franco-allemand formé par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. L’annonce d’un vote populaire avait fait souffler un vent de panique sur les Bourses du monde entier. Retour sur une crise qui n’en finit plus de rebondir avec Alain Sand. Ce professeur de sciences économiques à l’ENS de Lyon s’est spécialisé dans le domaine des prévisions macroéconomiques, il s’intéresse par ailleurs aux économies émergentes.

 

George Papandréou a décidé d’annuler son référendum sur le plan d’austérité grec. Après avoir affolé tous les marchés, cela suffira-t-il à faire revenir le calme ?

Cela ne suffira pas du tout. George Papandréou a promis une voix au peuple et la retire. La rue va donc continuer à bouger en Grèce, il y aura encore des manifestations. En conséquence, les marchés continueront à être insatisfaits. Rien ne change, la situation est toujours aussi intenable pour le gouvernement car le problème est plus global. Il s’agit d’une crise de la zone euro toute entière.

A quoi serait due cette crise de la zone euro ?

Dès sa création, il était étonnant que la zone euro fonctionne. Dans les faits, pour qu’une zone monétaire commune soit efficace, il lui faut une politique budgétaire commune. L’euro n’a jamais connu ça. L’Union européenne ne dispose pas des instances démocratiques élémentaires pour mettre en œuvre une telle politique.

La Grèce a tout de même triché sur ses comptes pour entrer dans la zone euro…

Certes la Grèce a falsifié ses comptes, mais elle ne l’a pas fait sans aide. On sait aujourd’hui que le gouvernement grec de l’époque était conseillé par la banque Goldmam Sachs, dont le directeur européen d’alors n’était autre que Mario Draghi. Ce même Draghi a succédé à Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque centrale européenne. La nomination de cet homme, responsable en partie de la crise, va elle aussi avoir des répercussions sur les marchés à un moment ou à un autre.

Quelle solution alors pour la Grèce : Sortir de l’euro ?

Il faut déjà voir que la situation actuelle n’est pas du seul fait de Papandréou. C’est un grand économiste, qui a fait Harvard, il a des compétences. La Grèce pourrait décider de sortir de la zone euro mais, dans l’idéal, il lui faudra l’aide de la zone euro pour accomplir cette sortie. Dans tous les cas, la Grèce a besoin d’une aide financière massive que personne ne veut payer. Tout simplement parce que l’Etat grec ne peut pas rembourser et ne le pourra jamais. On leur demande de rembourser à toute vitesse alors que le revenu ne cesse de baisser et que la fraude fiscale y est généralisée, surtout chez les riches. Les banques ont annulé une partie de la dette grecque mais pour le reste, elles ne verront pas non plus la couleur de l’argent.

Pourquoi l’Union européenne s’obstine-t-elle dans un plan d’aide si la Grèce ne peut rien rembourser ?

Tout simplement parce que ce sont les banques françaises et allemandes qui tiennent la dette grecque. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy craignent par-dessous tout que leurs banques fassent faillite. Dès lors, il leur reste deux solutions : donner directement l’argent aux banques, soit masquer cet état de fait en prêtant à la Grèce. Elles ont choisi la deuxième solution.

Quelles pourraient être les conséquences d’une sortie de la Grèce de l’euro ?

Si on écoute Nicolas Sarkozy, ce sera une catastrophe pour les Grecs qui verront leur dette enfler de manière exponentielle. Sauf que la Grèce ne payera pas. Si elle connaîtra une récession terrible pendant 2 ou 3 ans, il y aura un rebond et elle reviendra à un taux de croissance de 2 ou 3%. Un Etat ne peut être en faillite de toute manière. La seule chose que l’on ne dit pas, qu’on ne veut pas dire dans ces cas-là, c’est qu’il y aura des morts. La pauvreté qui va frapper la Grèce empêchera des gens de se soigner et ils mourront. C’est ce qui s’est passé en Argentine quand elle a connu la crise en 2001.

Comment réagiraient les marchés ?

Si la Grèce sort de l’euro, ce sont les autres pays en difficulté qui vont en payer les pots cassés. Les marchés vont se précipiter pour tester la résistance au choc du Portugal, de l’Italie et même de la France. La crise se diffusera ainsi à travers l’Europe. L’Italie risque de craquer en premier car c’est un pays où la corruption est presque aussi endémique qu’en Grèce. Cependant, elle peut s’en sortir car, contrairement à la Grèce, elle a un grand potentiel industriel.

La France est donc en danger ?

Le cas de la France est plus complexe. Disons que nous sommes à mi-chemin entre l’Allemagne et la Grèce. Notre niveau de dette n’est pas dramatique, nous sommes à 80% du P.I.B. Pour donner un exemple, le Japon lui a une dette qui équivaut à 200% de son P.I.B. La différence, c’est que les tenants de cette dette sont domestiques. En ce qui nous concerne, notre dette est tenue par des fonds étrangers. Elle est donc dépendante des marchés. Sans compter que la France dépense toujours plus que ce qu’elle gagne.

Si cette crise grecque est symptomatique d’un malaise européen, qu’en est-il au niveau mondial ?

En vérité, tout le monde se fiche de la Grèce, c’est bien pour ça qu’on peut l’assassiner si facilement. Le seul vrai danger qu’elle constitue vient du fait qu’elle représente une porte d’entrée pour la Chine dans l’économie européenne. Cette dernière utilise la crise pour proposer d’investir massivement dans la zone euro. Mais cette aide aura un prix terrible. La Chine aura les moyens de prendre le contrôle d’une partie de l’Europe. Elle envahira tout car elle demandera en contrepartie de son argent qu’on lui ouvre complètement nos marchés intérieurs.

Anaïs Vendel et Eve Renaudin

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  1. […] décembre, en vue d’un mise en oeuvre progressive en 2013. Ce mécanisme, piloté par la Banque centrale européenne, doit permettre à terme de recapitaliser directement les banques européennes en […]



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