10% des collégiens seraient « harcelés »

Une étude menée par l’Education Nationale sur 600 collèges de France démontre qu’un collégien sur dix estime se faire harceler et que 5% des jeunes est victime de violences physiques.

 

Le constat est le même depuis quelques années : la violence dans les établissements scolaires ne faiblit pas. Reconnue comme un problème de société depuis la fin des années 1970, la violence touche principalement les collèges et lycées professionnels sous forme d’incivilités et de violences sans arme, les bagarres. Si la proportion d’élèves se disant victime de racket est passée de 9% en 1995 à 6% en 2003, elle oscille aujourd’hui entre 5,5 et 6,1%, d’après cette nouvelle étude. Organisée à la suite des Etats généraux de la violence à l’école en 2010, cette enquête vise à mieux comprendre la violence pour pouvoir la contrer. Elle doit être menée tous les deux ans. Les élèves de collèges ont donc répondu à une cinquantaine de questions, en dehors de la présence de leur professeur, sur leur ressenti de la violence à l’école. Verdict cette année : 90% de collégiens « se sentent bien » dans leur établissement. L’an dernier, on recensait 10,5 incidents graves pour 1 000 élèves sur l’année 2008-2009. Rapportée aux 4,2 millions d’élèves scolarisés dans l’enseignement secondaire, cela faisait 44 100 incidents de ce type signalés. Un chiffre en légère baisse par rapport à l’année précédente, avec 11,6 actes graves pour le même ratio.

 

Les bons élèves comme souffre-douleur.

Surnoms désobligeants, moqueries, mises à l’écart ou injures, parmi les 320 000 élèves harcelés, le tiers sont des bons éléments. Un phénomène que Chantal de Mey-Guillard, psychologue, n’attribue pas à la seule jalousie : « Les bons élèves ont un détail physique qui les différencie. Ils sont moins intéressés par leur apparence physique que par la recherche d’éléments intellectuels et les jeunes cherchent toujours la petite différence des autres et s’en servent pour taper dessus ».  La violence au collège serait donc gratuite et volontairement pas méchante ? Pas tout à fait. « Ils ne se rendent pas toujours compte du mal qu’ils font. Etre violent avec les autres leur permet de se protéger des attaques de leurs camarades ».  L’enquête démontre que « le vrai problème tient à une haute fréquence de victimisations mineures plus qu’à une délinquance dure« . Elle souligne que c’est une « constance » que l’on trouve depuis les premières enquêtes de ce type en 1991 en France.

Des séquelles pour la vie adulte

Très souvent, « c’est l’élève harcelé verbalement qui est aussi celui qui est mis à l’écart, frappé, agressé par des violences à connotation sexuelle ou dont les biens sont plus fréquemment volés » affirme l’enquête pilotée par le chercheur Eric Debarbieux, spécialiste des violences à l’école. Il est aussi « plus souvent obligé de jouer à des jeux dangereux« . Et si les élèves harcelés « perdent confiance dans l’école » et « développent un fort sentiment d’insécurité« , Chantal de Mey-Guillard affirme que les séquelles sont parfois indélébiles : « 10% d’élèves victimes, c’est énorme mais ça ne me surprend pas, c’est ce qu’on voit en consultation. Une fois adulte, ils manquent de confiance en eux et se disent que si on leur disait telle chose au collège, c’est peut-être vrai. C’est très grave« . Pour elle, le problème n’est pas nouveau et ne peut se résoudre que par le retour d’une plus grande autorité. D’ailleurs, Socrate disait déjà en 470-399 av. JC. que « les jeunes d’aujourd’hui aiment le luxe, ils sont mal élevés, méprisent l’autorité, n’ont aucun respect pour leurs aînés et bavardent au lieu de travailler« . Signe, ou non, du mépris de l’autorité, il apparaît que pour 32% des élèves de collège, les punitions sont « injustes ». Le chiffre, pris à l’envers, montre qu’ils sont 68% à ne pas les trouver si injustes que cela.

Et ailleurs ?

Une autre étude, menée en mars dernier par l’Unicef avait donné des résultats comparables. Neuf élèves sur dix expliquaient se sentir bien à l’école quand 11,7% reconnaissaient être harcelés ou victime de violences physiques et verbales répétées. Au printemps, le ministère de l’Education nationale avait installé un « Conseil scientifique contre les discriminations à l’école », chargé de lutter contre le harcèlement scolaire. Le ministère avait également annoncé une panoplie d’outils : guides, numéro d’appel unique, formation, médiation, pour lutter contre cette forme de violence. Mais la France n’est pas la seule à souffrir de violence à l’école. Les pays de l’OCDE affichent les mêmes chiffres et au Japon, pays longtemps perçu comme un endroit où la discipline des élèves faisait l’admiration de nombreux observateurs occidentaux, un rapport du National Institute for Educational Policy Research indique que la moitié des écoles secondaires du pays ont connu des actes de violence, des problèmes de prostitution juvénile et une augmentation du taux d’abandon scolaire.

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