« L’armée a cru à une nouvelle révolution »

Xavier Ducrot est guide bénévole à la basilique de Fourvière et de la commission de Fourvière depuis huit ans. Il explique l’origine et l’importance religieuses de la fête du 8-Décembre à Lyon.

"Les Lyonnais sont très attachés à leur fête du 8-Décembre

Tous les ans, les Lyonnais mettent des luminions sur leurs fenêtres et la ville est illuminée. Mais d’où vient cette tradition ?

Il faut remonter au XIIe siècle et à la création du site de Fourvière par Olivier de Chavannes qui crée la Chapelle. Elle devient un lieu de vénération grâce à l’évêché qui la baptise « Domaine des Chapelains ». Mais cette chapelle est brûlée par les protestants. Au XVIIe siècle est fait le vœu contre le scorbut et, le 8 septembre 1643, le vœu contre la peste. En 1848, le clocher de la chapelle est en mauvais état et le cardinal de Bonal lance la commission pour le restaurer. Mais les Lyonnais sont en désaccord sur la forme du clocher. Il faudra attendre 1850 et le dogme de l’Immaculée Conception, fête reconnue le 8 décembre mais non obligatoire, pour que les Lyonnais s’accordent à mettre une Vierge, réalisée par Fabisch (qui fabriquera 12 ans plus tard la Vierge de Lourdes) et non une Croix au sommet du clocher créé par Dubois. Il avait décidé de le faire en ogive et non pyramidal, ce qui en a augmenté les coûts. La Vierge devait y être installée en 1852 à l’occasion du Vœu des Echevins, qui correspond au vœu contre la peste, le 8 septembre. D’autant que c’étaient aussi les Jeux de Fourvière et la Fête de la Nativité. Mais les inondations d’août 1852 ont retardé la fabrication de la statue en bronze dont la mise en place a été reportée à la fête de l’Immaculée Conception, le 8 décembre. Mais la ville a été inondée par le haut jusqu’au matin du 8 décembre et il était impossible de tirer les feux de Bengale. L’évêché annule l’inauguration mais à 17 heures, les nuages disparaissent et les gens veulent faire quelque chose alors ils mettent des bougies sur leurs fenêtres.

Pourquoi des bougies ?

A l’époque il n’y avait pas l’électricité et c’était une tradition lyonnaise, qu’on retrouve aussi en Alsace, de mettre des bougies quand on accueillait quelqu’un d’important, comme on lève aujourd’hui les drapeaux à la venue du Président. Les gens se battaient dans la rue pour faire ouvrir les magasins et pouvoir acheter des chandelles. Même les bateaux sur la Saône étaient illuminés. On a été cherché les prêtres pour leur montrer leur ville enflammée et l’armée est sortie de ses casernes car elle croyait à une nouvelle révolution des Canuts.

Comment expliquer le nombre d’histoires qui circulent à propos de ce 8 Décembre ?

Il y a beaucoup de versions car les gens confondent un peu tout et ils privilégient la peste. Les Lyonnais sont très attachés à leur Vierge et ils veulent lui attribuer beaucoup de choses, c’est un peu un lieu de rassemblement. Mais c’est avant tout l’amélioration du système d’hygiène qui fait que la peste ne reviendra pas. Entre 1800 et 1900, 250 000 personnes sont venues habiter à Lyon, ville que l’on dit fille de la Vierge. Au moment du Vœu des Echevins, deux statues de la Vierge sont installées au Pont et à la Maison du Change et 450 ont été mises aux angles de rues et dans les immeubles. Aujourd’hui, il en reste 250.

Les Lyonnais méconnaissent donc leur histoire. Peut-on expliquer ces lacunes par le caractère festif qu’a pris l’événement ?

On dit que c’est Moire qui a relancé la fête mais il ne relance que l’action de la ville et pas celle des Lyonnais. Il prend l’initiative d’illuminer les monuments par intérêts économiques et aujourd’hui, l’intérêt touristique est favorable à la partie religieuse. Toutes les églises sont occupées pour le 8 Décembre et Fourvière fait 26 cérémonies sur les trois jours de festivités. L’évêque fait du bon boulot et les gens veulent en savoir plus. Nous sommes 300 bénévoles le jour du 8 Décembre et nous manquons même de chapelains !

Propos recueillis par Anaïs Vendel

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  2. […] le rendez-vous attendu par tous les Lyonnais : la Fête des Lumières. Tous les ans, les Lyonnais allument un petit lumignon le 8 décembre, célébrant […]

  3. […] une telle influence, ceux qui sont les plus heureux de la fin de la Fête, à l’origine religieuse, reste les riverains, à l’instar de Paul Savoie. « C’est pas tant la foule, ni la […]



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