Tranche de vie : Marie au chevet d’une Ange

PORTRAIT – A 44 ans, Barbara Ange est une incontournable du Foyer de Chateauneuf.Tous les ans, elle et son mari participent à une retraite pour réaffirmer leur foi.

 

Barbara Ange : "En France, il n'y a plus la foi"

La vie n’a pas épargné la retraitante lyonnaise et aujourd’hui, Barbara porte bien son nom : Ange. Mariée depuis quinze ans à Emmanuel, celle qui a découvert l’Ancien Testament par une BD que lui lisait tous les soirs son père protestant garde le sourire et, derrière la monture rouge des lunettes, ses yeux brillent de malice. Pourtant, dès l’âge de onze ans et six mois après sa demande de baptême, Barbara connaît son premier séjour à l’hôpital. Pour elle, ce sera le début de longs supplices mais aussi l’occasion de deux belles rencontres. La première, ce sont les Soeurs de Bethléem qui la provoque. Barbara est opérée pour la deuxième fois du dos, après qu’une compresse ait été oubliée lors de la pose de sa tringle, pour maintenir sa colonne droite. Conséquence de l’opération, elle contracte un staphylocoque doré et reçoit régulièrement la visite des religieuses, qui lui remettent une petite statuette de Marie.

Marie, confidente

La vie de l’adolescente qu’elle est alors connaît une nouvelle trajectoire. « Au début je ne croyais pas en elle mais j’ai fini par lui parler » confie Barbara. Marie devient donc son soutien spirituel et à sa sortie de l’hôpital, cette aînée d’une famille de six enfants, native du Midi, séjourne deux mois au monastère de Bethléem jusqu’à la séparation de ses parents et sa nouvelle hospitalisation, à 20 ans. Elle devait rester un mois pour des tests ; elle y passera quatre ans. « C’était un enfer affectif, mes amis venaient de temps en temps et ma famille se déchirait » continue-t-elle. Et plus elle priait, plus les opérations rataient. Entre temps, à 18 ans, elle rencontre le père Finet, lors de sa première retraite. Et cette phrase dont elle se souvient, le sourire aux lèvres, que le Père lui a dit mais qu’elle prendra plusieurs années à comprendre : « la sainteté n’est pas un luxe, elle est un devoir ». Depuis, elle participe tous les ans à une retraite, pour remercier Marie de son aide mais surtout, pour remettre les pendules à l’heure et nourrir son intelligence. Elle qui rêvait de devenir médecin sans frontière ne perd jamais sa gaieté, même quand on lui demande si elle ne pourrait pas faire la même chose chez elle. Sa réponse est à la fois pragmatique – « ici, je n’ai pas de choses matérielles à gérer comme le repas » – et spirituelle – « c’est important de se retrouver, en France, il n’y a plus la foi, les croyants considèrent Dieu comme leur ami ». En Israël, lors d’une retraite avec le père Michon en 2003, elle découvre le lieu de naissance des religions. Elle s’émeut alors de la grandeur que vouent les musulmans à Allah comme des juifs qui connaissent l’Ancien Testament par cœur.

Amour d’autrui

Aujourd’hui paralysée d’une jambe, les béquilles posées contre le dos d’une chaise comme si elles faisaient partie d’un décor dont ne se soucie plus la lyonnaise, elle a reçu le sacrément des malades et ne travaille pas, pour se consacrer à la religion. « J’ai raté deux fois ma première année de médecine et comme je ne peux pas avoir d’enfants, je veux aider les autres ». Pas de cinéma ni de restaurant pour offrir une contribution au Foyer et un agenda volontairement peu rempli pour discuter avec ses amis ou des inconnus dans le besoin. Poussée par un désir d’altruisme, Barbara et son mari, qu’elle a connu par un ami venu la voir à l’hôpital – deuxième belle rencontre – proposent leur aide à un groupe de formation d’étudiants chinois, organisé par l’abbaye de Champagne. Le but, répondre à leurs questions sur l’amour, l’amitié ou le mariage. Dans un petit cahier, Barbara note scrupuleusement et avec une petite écriture verte serrée, tous les enseignements du père Michon. Même si elle n’a toujours pas été opérée du dos, Barbara continue de croquer la vie et s’amuse du comportement de Paul, membre du Foyer, pendant les répétitions de chant. Des chants comme seuls moyens d’expression pendant les dix jours que durent la retraite, le reste du temps, les retraitants étant soumis au silence.

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