Cette presse qui fait scandale, l’affaire du News of the World

La fermeture le mois dernier du plus important tabloïd britannique du dimanche appartenant au magnat de la presse Rupert Murdoch suite à des écoutes téléphoniques illégales a fait du remous. Aujourd’hui, beaucoup s’interrogent sur les pratiques de la presse à scandale.

 « Thank you and goodbye ». Pas de révélation d’enfant caché d’un tennisman, aucune mise en avant des affaires extraconjugales de David Beckham, finie la diffusion de la liste des « pervers sexuels » ayant purgé leur peine… pour sa dernière manchette, le News of the World (NotW) a fait dans la sobriété. Le 10 juillet dernier, le premier tabloïd britannique du dimanche, vieux de 168 ans et détenu par le magnat de la presse Rupert Murdoch, baissait le rideau, englué dans une affaire d’écoutes téléphoniques illégales. Une enquête du Guardian révèle en effet que les journalistes auraient eu recours à des détectives privés pour pirater la messagerie téléphonique de Milly Dowler, adolescente de 13 ans, alors qu’elle était morte mais aussi celle de proche de victimes de l’attentat de Londres en 2005 ou encore de familles de soldats tués en Irak et en Afghanistan. Une affaire qui suscite des interrogations sur les pratiques de la presse à scandale, d’autant que l’hebdomadaire lu par 7,5 millions de britanniques chaque week-end a déjà été mouillé dans une enquête lancée en 2005, sur le piratage de messageries de stars et de membres de la famille royale.

Le scoop à tout prix

Fermé suite à des écoutes téléphoniques illégales, le News of the World suscite des interrogations sur les pratiques de la presse à scandale.

En 2006, ce sont 4 000 personnes qui auraient été espionnées par un détective privé, sur demande de 300 journalistes de 31 rédactions différentes, violant au passage le droit au respect de la vie privée tant raillé par les britanniques et si peu clair dans la législation anglo-saxonne. Le NotW, qui aurait pratiqué 4 000 écoutes dans les années 2000, ne doit donc pas être le seul journal diabolisé pour ses pratiques. Un présentateur de CNN est accusé d’avoir eu recours à des écoutes téléphoniques quand David Leight, actuel rédacteur en chef adjoint du Guardian explique que « le journalisme d’investigation n’est pas une partie de plaisir. Mais tout dépend de qui est la cible » pour justifier ses écoutes d’un directeur corrompu de compagnies de vente d’armes. Le Daily Mail, l’Observer et le Sunday Times étaient d’importants clients de Glenn Mulcair, le détective chez qui ont été retrouvé en 2006 11 000 pages de notes, avec 4 000 numéros de portables dont les messageries de portables sont susceptibles d’avoir été écoutées. Et la presse à scandale ne se contente pas d’écoutes téléphoniques pour obtenir un scoop. Paiement d’informateurs, corruption de policiers, caméras cachées, au Royaume-Uni, tous les moyens sont bons pour être le premier sur une affaire. En mai, deux journalistes du Daily Telegraph ont piégé des députés libéraux-démocrates en se déguisant en électrices. Une manœuvre sanctionné par une simple obligation de publication d’excuses par la « Press Complaints Commission » (PCC), organe de contrôle de la presse. Et s’il a renforcé son code de déontologie après l’acharnement médiatique autour de la presse Diana, les sanctions qu’il inflige restent timides pour des pratiques qui ne se bornent pas aux tabloïds. Un journaliste du Times confie l’absence de débat éthique dans les rédactions, à l’inverse de la presse française, qui, encadrée par la Charte de Munich, se pose régulièrement des questions morales, à l’instar du Figaro qui s’interrogeait récemment sur les conséquences de sa possession par Serge Dassault, marchand d’armes proche du pouvoir.

Fouillis politico-médiatique

Mais cette affaire du NotW a aussi révélé les faiblesses du système policier britannique et des liens politico-médiatiques trop étroits. Le premier Ministre David Cameron a dû être entendu par la justice dans cette affaire. En cause, son amitié avec les barons de l’empire Murdoch et l’embauche en 2007 d’Andy Coulson, ancien rédacteur en chef du NotW, comme directeur de communication, alors qu’il venait juste de démissionner de son poste après la condamnation d’un de ses journalistes pour piratage de messageries téléphoniques. Il n’a pas fallu longtemps avant d’établir un lien avec Neil Wallis, ex-rédacteur en chef de l’hebdomadaire dans la tourmente quand les écoutes battaient leur plein, employé comme consultant en communication par Scotland Yard. Un Scotland Yard à la tête duquel Paul Stephenson a préféré démissionner après qu’il ait reconnu devant une commission parlementaire qu’au moins dix anciens journalistes du NotW avaient été employés au service de la communication de l’institution policière, dont certains détectives ont été grassement payés par le tabloïd pour obtenir des informations. Si Rupert Murdoch a quitté le Royaume-Uni, l’affaire continue aux Etats-Unis et en Autralie où des enquêtes sont en passe de s’ouvrir afin de déterminer si les journaux appartenant au groupe Murdoch sont adeptes des mêmes pratiques. Un scandale qui n’a pas empêché le News of the World de remporter quatre récompenses malgré sa fermeture dont le Press Award du meilleur scoop de l’année pour la couverture d’une affaire de corruption dans le milieu du cricket.

Anaïs Vendel

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One Response to “Cette presse qui fait scandale, l’affaire du News of the World”
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  1. […] J’ai voulu enquêter. On ne fait pas de choses illégales, comme des écoutes, on n’est pas le News of the World. On n’arrivait pas à trouver l’adresse de ce prêtre. Alors on a menti sur notre […]



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