Mélenchon, un trublion à la présidentielle

Jean-Luc Mélenchon s’est rendu jeudi 14 juillet dans le quartier des Grolières à Vaulx-en-Velin (Rhône) pour rencontrer des jeunes et des habitants. Le co-président du Front de Gauche a officiellement annoncé sa candidature à la présidentielle le 21 janvier dernier et lancé sa campagne le 29 juin.

 

Jean-Luc Mélenchon prône une "révolution citoyenne".

Pour le deuxième quartier sensible dans lequel il se rend depuis le lancement de sa campagne fin juin, Jean-Luc Mélenchon a choisi Vaulx-en-Velin, dans la banlieue lyonnaise. Un quartier toujours marqué par les émeutes qui l’ont agité en 1990 et qui regroupe aujourd’hui une population plurielle, sous l’égide d’un maire communiste. Et ce n’est pas par hasard que celui qui a quitté le parti socialiste il y a trois ans lors du Congrès de Reims, se rend à Vaulx-en-Velin. A un an des présidentielles, son objectif est clair : aller à la rencontre « de la vraie France, celle des invisibles, des précaires » pour la convertir à sa « révolution citoyenne ». Si aujourd’hui, on retrouve du Mélenchon chez Duhamel autant que chez Elkabbach et Apathie, le député européen n’est pourtant pas nouveau en politique. Leader du mouvement lycéen de sa ville en mai 68, il rejoint l’Union nationale des étudiants de France dès son entrée à la faculté des lettres et sciences humaines de Besançon en septembre 1969 et se joint au Parti Socialiste dès 1977. Dès lors, ce « fils de Mitterand » dont il évoque avec sourire et émotion le souvenir ne quittera plus la politique. Farouchement opposé à l’entrée de la France dans la première guerre du Golfe, contre la majorité de son parti, l’ancien militant trotskiste échouera à devenir premier secrétaire du PS en 1997, face à François Hollande. Celui qui se qualifie lui-même de « socialiste républicain » n’a jamais sacrifié ses idées sur l’autel du pouvoir et, après la victoire du « oui » au référendum interne au PS sur le projet de traité européen constitutionnel, il préfère faire campagne aux côtés de Marie-George Buffet (PCF), Olivier Besancenot (LCR) et José Bové (Confédération Paysanne) pour un « non » de gauche, enfreignant au passage les consignes de son parti.

Mélenchon, le « troisième homme » ?

Connu pour ses nombreuses frasques, on retient de Jean-Luc Mélenchon sa farouche violence envers les médias. Il ira jusqu’à traiter David Pujadas de « salaud » et à qualifier de « petite cervelle » un étudiant en journalisme. Pourtant, celui qui fut enseignant de lettres puis ministre de l’enseignement professionnel sous le gouvernement Jospin en 2000 reconnaît l’importance de l’apprentissage – filière souvent sacrifiée – lorsqu’il se rend dans la Nièvre en 2005 pour soutenir un lycée dont le rectorat a prévu de fermer des classes d’enseignement professionnel. Mais qu’elles soient mises au service du PS ou du Parti de Gauche – formation qu’il a créée sur le modèle allemand de « Die Linke » – les opinions de ce Français de 60 ans né au Maroc ne répondent pas à tous les stéréotypes gauchistes, qu’il ne supporte pas. Serait-il ce fameux troisième homme, tant attendu ? Celui qui offrirait aux électeurs une alternative au perpétuel affrontement gauche-droite ? Il faut dire que ce « Le Pen de Gauche », qui a été ouvrier d’entretien et correcteur d’imprimerie avant de devenir prof, a bien travaillé son image. A Bayrou, il a pris l’amour de la castagne, la méfiance du corrupteur argent et de Chevènement, il a pris la raideur, la cravate, les chaussures cirées et l’amour de la syntaxe. Pourtant, sa référence c’est Mitterand, celui qui a réussi à

Profondément mittérandiste et anti royaliste, Jean-Luc Mélenchon serait-il le "troisième homme" que les Français attendent ?

rassembler la gauche, et son contre-modèle, c’est Royal. Fidèle soutien de Laurent Fabius en 2007, qui a aussi appelé au « non » au référendum, contrairement à Dominique Strauss-Kahn, celui qui continue d’écrire ce qui lui passe par la tête dans de petits cahiers apprécie Julien Dray, avec qui il a fondé la Gauche socialiste en 1988, mais se verrait bien gouverner aux côtés de Martine Aubry, dont il a soutenu les emplois jeunes. Sa ligne politique repose sur l’écologie, l’antilibéralisme tirant sur l’anticapitalisme, la laïcité (il a défendu la loi contre la burqa) et une refondation républicaine, sorte de « révolution par les urnes » à la manière d’un Morales bolivien ou d’un Chavez vénézuélien. Si aujourd’hui il qualifie l’Europe d’autoritaire, il ne faut pas oublier qu’il a soutenu le traité de Maastricht en 1992, sous l’ère mitterandiste. Mais aujourd’hui, c’est 2012 qu’il a dans sa ligne de mire avec pour principaux combats la sortie de l’OTAN, la titularisation des précaires de la fonction publique, le développement de la voiture électrique, les énergies alternatives, mais surtout, une rupture avec le productivisme tout en donnant les moyens économiques suffisants aux classes moyennes et populaires d’assurer la transition énergétique. Jean-Luc Mélenchon prévoit d’autres déplacements dans les banlieues parisiennes car si l’homme a été apprécié à Vaulx-en-Velin, ses idées, elles, ont encore du chemin à parcourir.

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Comments
One Response to “Mélenchon, un trublion à la présidentielle”
  1. Loïc C. dit :

    Très bon,article

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