Vie quot’ : Au travail dans une fourmilière sexuée

Au Foyer, cinquante-huit membres travaillent pour entretenir la maison et garantir un bon accueil des retraitants, avec une répartition des tâches bien définie.

 

Paloma, Manuela et les autres épluchent les pommes cueillies par les hommes pour en faire de la compote

La grande horloge sonne onze coups dans la salle à manger du Foyer de Charité de Chateauneuf-de-Galaure, dans la Drôme. Aucun des cinquante huit membres de la « famille » qui l’habitent ne vient troubler le calme ambiant et seul le carillon rompt le silence. Cette « famille », ce sont les membres du Foyer, tous des baptisés. Certains comme Marie-Renée y logent depuis plus de soixante ans ; Manuela, elle, ne reste qu’un mois avant de rentrer en Italie. Dans la pièce, sept tables de huit convives, nappées, supportent la cinquantaine de couverts répartie pour le repas de midi et quart. La salle à manger, principale pièce à vivre des membres au rez-de-chaussée, est balayée et lavée ; les chariots du petit déjeuner sont rangés dans la cuisine et les pots d’eau, encore vides, alignés sur un autre. Cette semaine, c’est Brigitte qui est chargée de s’occuper de l’entretien de la salle à manger de la famille. Comme le Foyer de Chateauneuf est le Foyer-Centre, le premier à avoir été créé par Marthe Robin, à proximité de sa ferme, de nombreux membres des 75 Foyers dans le monde (Chili, Suisse, Belgique ou encore Japon) se croisent temporairement dans cet immense bâtiment nouvellement mis aux normes.

Extraordinaire fourmilière

Si les membres consacrent du temps à l’entretien de la maison, la mission première des Foyers est l’accueil de retraitants, venus suivre une retraite spirituelle prêchée par l’un des cinq pères de la maison. Et, à l’approche de la venue des retraitants, les membres s’activent, presque invisibles, comme une extraordinaire fourmilière. Dans les étages, le silence alourdit l’ambiance des couloirs bleus ou violets, où s’alignent les rangées de petites chambres, dans une configuration très similaire à celle d’un hôpital. Si certains – peu – prient agenouillés près des bancs de la petite chapelle Marie Médiatrice, la majorité se consacre au bon fonctionnement de la maison, attendant les temps de prière pour louer Marie, dans la pleine tradition de la consécration de Marie Louis Grignion de Montfort (lire ci-dessous). Et pour s’occuper de la maison, les tâches sont précisément réparties par Dominique. Pour trouver des membres du Foyer, il faut souvent descendre au sous-sol, en veillant à ne pas se perdre dans le dédale de portes et de couloirs. En approchant de la buanderie résonne le bourdonnement constant des machines à laver. Pendant qu’elles tournent devant l’œil aguerri de Marie-Ange, c’est une autre équipe de femmes du Foyer qui s’occupe de repasser le linge des hommes de la maison. Les femmes, elles, s’occupent chacune de leurs vêtements. La répartition des tâches peut sembler un peu rétrograde mais semble convenir à tous : « Ça a étonné les hommes arrivés plus récemment mais ils s’y font » sourit Sophie Guex, l’assistante du père Michon. Alors

Pendant que les femmes se chargent de la cuisine, les hommes s'occupent du jardin.

pendant que les hommes cueillent des cerises, tondent la pelouse ou réparent les objets abîmés, les femmes s’occupent de la cuisine ou des tâches ménagères. « C’est normal, les hommes ne saventpas faire » réagissent les femmes. Aussi, quand il s’agit de réparer la bouilloire ou de remettre une pile dans une montre, ce sont Jérémie ou autres Richard qui s’en chargent.

Mécanismes bien rodés

Mais que l’on ne s’y trompe pas, la mixité n’est pas qu’un concept flou pour la communauté. Pour les repas, à midi quinze et dix-neuf heures quinze précises, hommes et femmes sont sollicités. Comme dans une cantine scolaire, huit équipes de sept à huit membres s’alternent toutes les semaines pour manger avant et servir les autres. Puis, c’est une ambiance de colonie de vacances qui prend le dessus quand chacun pose ses couverts sales sur le chariot pendant que certains, souvent les mêmes, les plus jeunes, se dévouent pour faire la vaisselle. Sans doute est-ce l’âge qui les rend raisonnables et, a contrario des enfants, la tradition n’échappe pas au pesant silence quotidien. Parmi les rituels bien rodés, l’angelus d’avant et d’après repas, donné par un des prêtres et les heures de messe. Si elles ne sont pas obligatoires, les membres tiennent à assister aux offices, qu’il y ait des retraitants ou non. Dès lors, il n’est plus question de répartition sexuée des tâches et tous s’unissent dans la louange à Jésus par Marie, plusieurs fois par jour. •

Info en plus ———————————————————————————-

GRIGNION DE MONTFORT
Louis Marie Grignion de Montfort est un prêtre du XVIIIe siècle pour qui le renouvellement de l’esprit chrétien passait par le renouvellement des promesses du baptême. L’originalité de cette consécration, appliquée par les Foyers, consiste en l’adoration de Marie, et non pas directement de son fils. En effet, pour lui, le salut passe par elle et le chrétien a tout intérêt à s’abandonner complètement à son amour puisqu’elle intercède auprès de Jésus et du père pour les hommes, étant immaculée.

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