Tête-d’Or : l’envers du décor

Avec trois millions de visiteurs annuels, le Parc de la Tête-d’Or fait le bonheur des Lyonnais. Mais comment se gère une enceinte de plus de cent hectares ? Réponse dans un dossier complet.

 

« Il n’est pas question de rendre l’accès au zoo payant et le Maire qui fera ça perdra tout crédit auprès des Lyonnais ». C’est dit, et c’est David Gomis, le directeur du Zoo du Parc de la Tête d’Or, qui l’affirme. On pourrait penser que posséder le plus grand parc urbain d’Europe, de 117 hectares, coûte très cher à la Mairie de Lyon, qui le finance à 100 %. Pourtant, son entretien ne représente que 150 à 200 millions d’euros, soit 2% du budget municipal. Et cette année, seuls 60 000 euros ont été alloués pour les investissements du Parc, créé en 1856 par Denis Bühler, architecte paysagiste.  Le parc perdrait-il en qualité ? « Le service des Espaces Verts a beaucoup à faire en ville » justifie Dominique Peyrard, technicien responsable du Parc. Pour lui, cette baisse d’investissements ne freine pas les avancées comme la démarche environnementale qui a valu au parc la certification ISO 14 0001.

Pour Jean-Marie Tête, jardinier au jardin Mexicain, le bilan écologique est catastrophique

Un parc écolo

Zéro phyto, maîtrise de l’eau ou gestion des déchets, le parc peut se vanter de son approche environnementale. « Nous avons été les précurseurs à instaurer une Charte pour la nature en 2000 en abandonnant l’utilisation de produits chimique ». Si cette politique plaît aux jardiniers, les avis divergent sur le remplacement des désherbants. Pour Pascal Terrier, agent technique chef du secteur Nord de la roseraie, « la lutte intégrée fonctionne très bien, les insectes auxiliaires comme les coccinelles s’occupent des pucerons sans qu’on ait besoin de produits chimiques ». Mais Jean Marie Tête, agent technique principal en charge du jardin mexicain, ne partage pas son avis. Il travaille depuis vingt ans dans ce jardin et, bien que favorable à l’idée de supprimer les produits de traitement, il regrette l’utilisation des désherbeuses thermiques « qui tuent toute la faune au sol et rendent le bilan écologique catastrophique ». Et le jardinier d’ajouter que « nous avons plein d’idées. Au lieu d’utiliser ce gaz, on pourrait mieux gérer les anti-germinatifs et en répandre une fois dans l’année ». Une gêne que comprend la direction et qu’elle explique par l’esprit « vieille école » des jardiniers. La solution serait-elle l’embauche de jeunes formés à ces techniques ?

Politique de recrutement

« Les Espaces verts sont un métier d’avenir mais il y a des quotas » déplore Pascal Terrier. Un sentiment d’impuissance face à la politique d’embauche partagé par tous les jardiniers rencontrés. « On reçoit plusieurs jeunes mais la direction ne veut pas les embaucher sous prétexte qu’ils doivent connaître autre chose que le public » confie Josiane Brun, agent technique principal de la roseraie. Face à ces critiques, Dominique Peyrard se défend et affirme que « nous recrutons tous les mois des jeunes sortant des écoles ». Pour répondre à la « sensibilité végétale » que veut le technicien responsable du Parc, les jeunes doivent être titulaires d’un CAP, BEP ou Brevet de Technicien d’un lycée horticole. Pour les soigneurs animaliers, Pascale Ceselli, ancienne soigneuse, explique que les formations sont diverses car les missions sont plurielles : aménagement des enclos, alimentation, animation ou encore assistanat du vétérinaire. Alors copinage ou pas ? Pour les jardiniers, il est certain que oui. Même en ayant les grades supérieurs, ils ne peuvent pas évoluer faute de place disponible et sont contraints de rester à leur poste. Une situation qui déplait à M. Tête mais dont se satisfait Pascal Terrier qui affirme faire « un meilleur travail en connaissant mes plantes ».

Un parc payant ?

Pour le lyonnais Jean Marie Tête, la solution serait de faire payer « un euro, pour responsabiliser les visiteurs ». Une alternative que

Tous les jours, les soigneurs préparent les repas de chaque animal selon une grille de repères nutritionnels précise.

personne ne veut entendre. Entre la Plaine Africaine aménagée pour que les animaux dominants côtoient peu les dominés, les animaux rares (lire ci-dessous) et le fait que Tête d’Or soit le seul avec des crocodiles en extérieur, le Parc justifierait cette entrée. Mais chez les soigneurs, pas de question d’en entendre parler : ils travaillent par amour des animaux. Et tout est minutieusement préparé. Chaque animal a sa grille de nourriture, son plateau avec légumes coupés ou non et les deux vétérinaires du parc travaillent en partenariat avec l’école nationale de vétérinaire de Lyon. Pour éviter qu’une tragédie n’arrive – un soigneur meurt tous les ans dans un zoo français – les règles de sécurité sont maximales : tous possède un talkie-walkie, un interphone équipe chaque cage dont les leurs portes sont équipées d’un système qui nécessite la même clé. Deux portes ne peuvent donc pas être ouvertes en même temps.

Tête-d’Or n’est pas maître de ses animaux

400. C’est le nombre d’animaux qui habitent au zoo au quotidien, sans compter les 1000 tortues de Floride prêtées au Parc. En 20 ans, le zoo a perdu 40% des 1 000 occupants qu’il comptait dans les années 1990. Une diminution que David Gomis, directeur du zoo, explique par le passage « d’une vieille ménagerie à une collection vivante, avec certaines espèces rares ». Lémuriens à ventre rouge, tamarins bicolores, capucins à poitrine jaune ou gibbons… pour lutter contre une destruction trop rapide de leur milieu naturel, le Parc de la Tête d’Or participe à un programme d’échange avec l’EAZA, association européenne des zoos et aquariums. Les zoos font des demandes selon les animaux mis en dépôt mais c’est un coordinateur d’espèce qui décide, avec un comité d’espèce, où va un animal et c’est le pays receveur qui paye le voyage. Une procédure qui peut être très longue car « il y a peu d’agents en France. Ca peut aller jusqu’à 2 ans et demi » confie David Gomis. Et de préciser que le meilleur élève n’est certainement pas français, mais suisse.

A lire sur le même sujet :

« Le Parc est comme un petit village », Dominique Peyrard, technicien responsable du Parc

De la passion à la profession, portrait de Josiane Brun

– 3 questions à Pascale Ceselli, éducatrice responsable du pôle animation et ancienne soigneuse

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