Que reste-t-il à la Croatie du rêve européen ?

Après la Bulgarie et la Roumanie en 2007, la Croatie semble en bonne voie pour devenir le 28e pays membres de l’Union Européenne dès 2013. Six ans après le début des négociations, quels sont les enjeux de l’entrée de la Croatie ?

 

Après six ans de négociations, la Croatie vient d’obtenir de la Commission Européenne la fin des négociations. En clair, Zagreb répond aux trente cinq chapitres de la procédure d’adhésion et n’attend que deux choses : la ratification par les pays membres d’un traité et un référendum croate pour finaliser la décision. Si le premier pourrait se concrétiser dès l’automne, le « non » croate n’est pas à exclure.

 Entre fatigue et euroscepticisme

Selon un sondage, les 4,5 millions de Croates apparaissent mitigés face à un avenir européen (41,8% de non à l’entrée dans l’UE). Il faut dire que les négociations s’éternisent depuis 2005. En cause, une corruption trop importante et de nécessaires réformes judiciaires. Si aujourd’hui, ces deux volets semblent avoir été améliorés, les Croates paraissent fatigués par cette attente et l’euroscepticisme a fait son chemin. La Roumanie et la Bulgarie, considérées comme moins préparées que ne l’est la Croatie, n’avaient mis que trois ans pour devenir membres. Beaucoup perçoivent mal l’insistance de l’UE pour une coopération croate avec la justice internationale en matière de crimes de guerre, surtout ceux d’ex-Yougoslavie. La condamnation d’Ante Gotovina, considéré comme un héros national, le 15 avril 2011 a accru le sentiment d’hostilité envers l’Union. Le sort de l’ancien premier ministre Ivo Sanader, accusé de corruption et en attente d’extradition par l’Autriche, aura valeur de test sur l’énergie que déploie Zagreb pour assainir sa classe politique. Du côté de l’Europe, le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou la Finlande hésitent à donner leur feu vert à un pays critiqué pour sa corruption. Opinions réticentes aux élargissements, montée de partis populistes et perspective de l’adhésion des pays des Balkans, évoquée en 2003, n’aident pas à boucler les pourparlers.

 

Le drapeau croate cotoie le drapeau européen sur le Parlement croate

Une crise économique et 3,5 milliards d’euros

Mais si la Croatie a réformé ses institutions en allant jusqu’à changer sa constitution, c’est que l’enjeu de l’entrée dans l’UE en vaut la chandelle. Avec plus de 60 % du commerce extérieur croate effectué avec l’Union et 3,5 milliards d’euros investis par l’Europe en Croatie, les retombées sont conséquentes. D’autant que la Croatie estime à 3,5 milliards d’euros ses besoins sur deux ans, après de sévères restrictions. Problème : avec la crise, les pays membres sont chatouilleux à l’idée de donner autant à un nouveau. Un doute accru par le spectre de la Bulgarie et de la Roumanie dont les réformes ne sont pas encore abouties. Face à cette question, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas se disent favorables à un système de surveillance, contrôlant la bonne mise en place des mises aux normes européennes.

 « Yougosphère »

Cette fin des négociations survient à neuf jours du vingtième anniversaire de la proclamation d’indépendance de la Croatie, le 25 juin 1991. La guerre contre les rebelles serbes, soutenus par Belgrade, qui a duré jusqu’en 1995 et tué 20 000 hommes reste ancré dans les esprits. Avec l’entrée de la Croatie dans l’UE, l’avenir européen de la Serbie, encouragé par la Slovaquie, se dessine plus difficilement. Malgré l’amélioration des relations serbo-croates (infrastructures routières et ferroviaires communes, langue identique, échanges commerciaux) et les intérêts communs que peuvent trouver les pays de la «  Yougosphère », néologisme du journaliste britannique Tim Judah, les désaccords politiques entre les deux pays de l’ex-Yougoslavie persistent, notamment sur le Kosovo. La Croatie a reconnu l’ex-République serbe qui a pris son indépendance en 2008 et que l’UE envisage de faire rentrer dans ses rangs, alors que la Serbie s’y oppose. Des efforts que la Croatie est en droit de demander quand elle-même a fait des concessions territoriales avec la Slovénie à propos du golfe de Piran. Entre 2008 et 2009, les relations entre les deux pays ont été empoisonnées par la Croatie qui réclamait le partage de la baie et la Slovénie qui revendiquait la pleine souveraineté de la langue côtière. La Croatie donne en tout cas de bons espoirs à la Macédoine d’obtenir un statut de candidat, à condition qu’elle trouver une solution à son différend avec Athènes sur son nom.

Anaïs Vendel

Publié sur Keskiscpass.com

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