La sortie de crise s’éloigne au Yémen

Depuis janvier, le Yémen est secoué par des manifestants qui réclament le départ du président Ali Abdallah Saleh. Le Conseil de Coopération du Golfe (CCG), les Etats-Unis et l’Union Européenne (UE) ont mis en place un accord, signé par l’opposition, prévoyant le départ de Saleh d’ici un mois.

 

« Cette initiative, que nous traitons positivement dans l’intérêt de la patrie, n’est qu’un pur complot. Mais nous l’avons acceptée » a déclaré le Ali Abdallah Saleh. Une déclaration qui laisse sceptique quand on sait que le président yéménite, au pouvoir depuis trois décennies, a déjà repoussé à trois reprises l’échéance de la signature du plan, dernièrement dimanche. Ce plan, élaboré par le CCG (lire ci-dessous), aidé par les Etats-Unis et l’UE, prévoit l’élaboration d’un gouvernement provisoire d’ici le départ dans un mois du président, en échange de l’immunité pour lui et sa famille. Puis des élections devraient se tenir sous 60 jours. Mais si Saleh se dit prêt à accepter l’accord, il brandit le spectre d’une menace terroriste.

 « Al-Qaeda va connaître un nouvel essor »

Le Président Saleh est mis sous pression par les Occidentaux et les Américains.

Et un discours enflammé comme Saleh sait les faire samedi a suffit pour réactualiser une menace islamiste. Avec près de 2 000 militants et sympathisants à Aqpa – dont le chef Nasir Al-Wuhayshi est yéménite – le plus pauvre pays musulman est devenu la nouvelle base arrière du réseau terroriste et le troisième front de lutte des Etats-Unis. Après la mort de Ben Laden qu’Al-Qaeda a promis de venger, les Américains prennent la menace de Saleh au sérieux. Renforcé par la fusion des branches terroristes saoudienne et yéménite en 2009, Aqpa a revendiqué l’attentat contre le vol de la Northwest Airlines Amsterdam-Detroit, perpétré par Umar Farouk Abdulmutallab. Si Al-Qaeda s’est vu diminuée par la mort de son leader, le nombre de djihadistes au Yémen a au contraire augmenté. Le phénomène n’est pourtant pas nouveau : au début des années 90, un des acteurs d’Al-Qaeda énumérait la surpopulation, la nature tribale de certaines régions, le relief montagneux, la pauvreté, le chômage ou l’emplacement stratégique du pays comme critères d’importance du Yémen.

 Double jeu

Pourtant Saleh, à la tête du Yémen du Nord depuis 1978 et du Yémen unifié depuis 1990, semble travailler avec Washington dans la lutte antiterroriste. L’attentat contre l’avion de la Northwest intervenait 24 heures après une frappe yéménite contre un dirigeant d’Al-Qaida dans le sud du pays. Face à la faiblesse du pouvoir, qui gère difficilement une guerre civile dans le nord, un mouvement séparatiste au sud, une diminution des réserves de pétrole et une économie qui s’effondre, l’aide américaine de 150 millions de dollars est précieuse. Mais les USA, conscients de devoir compter avec le Yémen, savent aussi qu’à défaut de pouvoir lutter efficacement contre les djihadistes sunnites, le Yémen les utilise pour combattre les Houthis, une communauté chiite du nord du pays. Dans cette optique, les Etats-Unis doivent collaborer avec l’Arabie Saoudite – à la tête du CCG – dont l’aide au Yémen atteint les 2 milliards et qui maîtrise les tribus du nord-ouest dont certains territoires sont sur la frontière saoudienne. Après les attentats qu’ils ont subis, tous deux souhaitent voir se terminer l’impasse politique au Yémen, craignant qu’elle donne de la latitude au réseau islamiste. Les voix de Barack Obama et d’Hillary Clinton se sont donc mêlées à celle du CCG pour demander le transfert pacifique de pouvoir. Une alternative que le président Saleh a une fois de plus refusée dimanche.

Anaïs Vendel

Le Conseil de Coopération du Golfe

Né le 25 mai 1981 sous l’impulsion de l’Arabie Saoudite et la pression américaine, le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) doit assurer la stabilité politico-économique de la région et unifier les systèmes économiques des six membres : l’Arabie Saoudite, Oman, le Koweït, Bahreïn, les Emirats Arabes Unis et le Qatar. Initié lors de la guerre Iran-Irak contre l’expansionnisme iranien et le baasisme irakien, le CCG s’est ensuite opposé au conseil de coopération arabe (CCA) créé par Saddam Hussein qui réunissait la Jordanie, l’Irak, le Yémen du Nord et l’Egypte. La chute d’Hussein entraine la fin du CCA et le Yémen négocie pour rejoindre le CCG, peut-être en 2016. Un projet de monnaie unique est en cours mais le siège de la future Banque Centrale fait débat.

Publié sur Keskiscpass.com

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  1. […] Syrie Baasiste (parti à tendance chiite de Sadam Hussein, qui prône le socialisme arabe, le nationalisme panarabe et la laïcité) de Bachar Al-Assad est […]



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