La France remet Schengen en question

Suite aux révolutions arabes, de nombreux Tunisiens et Libyens ont cherché à regagner la France par l’Italie. Pour enrayer le flux de migrants, favorisé par la distribution par le gouvernement de Berlusconi de 20 000 titres de séjour, permettant de traverser Schengen, la France souhaiterait en suspendre provisoirement les accords.

 

France et Italie ont bien du mal à s’entendre sur l’immigration. Après le refus français d’accueillir les migrants et le blocage de trains en provenance de Vintimille, valant au quotidien italien La Reppublica de titrer « La France gifle l’Italie », Nicolas Sarkozy utilise les grands moyens : pourquoi ne pas suspendre les accords de Schengen ? Le scénario n’est pas si farfelu car la Convention européenne l’autorise « lorsque l’ordre public ou la sécurité nationale l’exigent ». Et ce ne serait pas une première. En 1995, la France avait rétabli pendant trois mois des contrôles aux frontières terrestres puis, suite aux attentats de l’été, tous les contrôles. Plus récemment, après les attentats de Londres en 2007, elle avait fait appel à cette clause de sauvegarde, limitée à 30 jours et prévue uniquement en cas d’événements exceptionnels. 

Conflit politico-politique

Alors, l’arrivée de migrants suffisant-elle à suspendre Schengen ? Dans les années 1990, l’Allemagne n’avait pas obtenu l’aide de ses partenaires malgré les 600 000 réfugiés bosniaques – qui, fuyant une guerre, pouvaient obtenir le statut de réfugié – qu’elle a accueilli. « Il faut intervenir lorsqu’il y a une défaillance systémique à une frontière extérieure en prévoyant une suspension provisoire » assure le gouvernement Sarkozy, Henri Guaino en tête. L’eurosceptique conseiller spécial du chef de l’Etat a défendu le traité de Lisbonne mais semble revenir à son idéologie, même s’il affirme que «la France ne voulait pas sortir de Schengen» – ce qui l’aurait obligée à quitter l’Europe, Schengen étant lié à l’UE – mais « revoir les clauses de sauvegarde », quitte à faire jaser. Pour le PS, cette suspension est « disproportionnée » ; d’autres pensent que Sarkozy drague le FN quand de Villepin estime qu’il faut « faire fonctionner Schengen avec plus de moyens », évoquant le renforcement de Frontex, l’agence européenne pour la gestion de la coopération aux frontières extérieures.

Une crise européenne globale

Outre-Alpes, l’annonce passe mal, l’Italie estimant que « la France est vue comme un Etat qui n’est pas très solidaire ». Pourtant la crise européenne risque de propager ce désir protectionniste. Après la crise monétaire (Grèce, Irlande, Portugal) c’est le projet d’intégration qui vacille. Si Belgique, Allemagne et Autriche prévoient de renforcer les contrôles, le différend franco-italien ne fait qu’accélérer une réforme nécessaire de par le problème bulgaro-roumain. La France et l’Allemagne ont bloqué leur adhésion à Schengen en décembre à cause d’une lutte anti-corruption jugée insuffisante. La Grèce avait aussi été recalée pour s’assurer que les données de Schengen ne tombent pas dans les mains du crime organisé. Alors que France et Italie se sont mises d’accord mardi sur la nécessité de modifier le traité – rétablissement temporaire des contrôles, aide financière aux pays du Sud – dans une lettre au président de la Commission Européenne, le conseil européen ne statuera qu’en juin. En attendant, les tensions restent élevées sur la question libyenne, Rome reprochant à Paris de diriger la coalition anti-Kadhafi en l’associant trop peu et s’indignant qu’elle ait reconnu le Conseil national de transition (CNT) sans en référer à l’Europe.

Anaïs Vendel

L’Europe avec Schengen

L’espace Schengen, du nom d’un village luxembourgeois frontalier de l’Allemagne, du Benelux et de la France où a été signé l’accord en 1985, promulgue l’ouverture des frontières entre les cinq pays. D’autres pays ont adhéré à la convention signée en 1990, appliquée en 1995, comme l’Italie (1990), l’Espagne, le Portugal (1991), la Grèce (1992), l’Autriche (1995), le Danemark, la Finlande et la Suède. Il ne s’agit plus seulement d’ouverture des frontières mais de coopération policière, d’immigration et d’asile. En 1997, le traité d’Amsterdam incorpore l’accord de Schengen à l’Union européenne et en 2007, le traité de Lisbonne instaure une politique commune pour les visas et le renforcement des contrôles aux frontières extérieures. Aujourd’hui, l’espace Schengen regroupe 25 pays dont la Suisse mais sans le Royaume-Uni.

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  1. […] la Russie étant suspectée de soutenir une nouvelle fois un dictateur, comme ce fut le cas en Libye avec Mouammar Kadhafi. En réalité la position diplomatique russe est beaucoup plus subtile et […]



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